21/01/2011

Quand le lobby israélien ne se contient plus...

Nous ne pouvons que souscrire à ce qui suit. Le lobby "israélien" ne connait plus de mesure. Le voici qui fait interdire une réunion sous prétexte de "haine envers Israël". Quand on lit ça et là que les gouvernements en place ont, pour ce groupe de pression, les yeux de Chimène, il y a de quoi se poser des questions.

 

 

 

« Que resterait-il de nos droits de citoyens si chaque groupe communautaire obtenait l’interdiction de toute manifestation lui déplaisant ? », s’interroge Dominique Vidal, historien et journaliste, après l’annulation de la réunion publique prévue mardi 18 janvier à l’École Normale Supérieure, en soutien aux militants de la campagne BDS poursuivis pour « discrimination ».


Par Dominique Vidal

 

 

 

Il n’est pire sourd, on le sait depuis belle lurette, que celui qui ne veut pas entendre. Voilà plus de trois ans que l’actuel président du Conseil représentatif des Instituions juives de France (Crif), à l’instar de son prédécesseur, souffre d’un autisme de plus en plus sévère. Quand il entend tel ou tel défendre le Droit International et exiger que les Nations unies contraignent tous leurs États membres à le respecter et sanctionnent ceux qui s’y refusent, il applaudit des deux mains... sauf s’il s’agit d’Israël. Prôner l’application des résolutions des Nations Unies, la fin de l’occupation des territoires palestiniens et de leur colonisation galopante, la destruction du mur exigée dès 2004 par la Cour Internationale de Justice (CIJ), le retrait des soldats et de colons et l’établissement d’un État palestinien véritablement indépendant vivant en paix avec ses voisins constitue, pour lui, une preuve de « haine pour Israël » – et de « haine de soi » si celui qui tient ces propos est juif...

 

Mais son éditorial publié sur le site du Crif, le 13 janvier dernier, marque un saut qualitatif. La diffamation rituelle –en l’occurrence de Stéphane Hessel, Leila Shahid, Michel Warschawski ou Benoît Hurel– se combine avec une atteinte revendiquée aux libertés constitutionnelles d’opinion et d’expression. Grand donneur de leçons républicaines, Mr Prasquier s’y félicite, toute honte bue, du revirement de la directrice de l’École normale supérieure. Mme Canto-Sperber a en effet interdit le meeting qu’elle avait autorisé Stéphane Hessel et ses invités à tenir le mardi 18 janvier à 19 heures dans la salle Jules-Ferry.

L’arrogance, ici, le dispute à l’inconscience, car l’éditorialiste remercie celles et ceux à qui revient le mérite de cette mesure liberticide, notamment la ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, Valérie Pécresse, les « philosophes » Alain Finkielkraut et Bernard-Henri Lévy ainsi que le Prix Nobel de physique Claude Cohen-Tanoudji. L’enjeu de cette stupéfiante démarche – et de la manifestation qui devait y répondre, place du Panthéon, mardi 18 à 18 heures 30, jour et heure du rassemblement prohibé – dépasse évidemment Stéphane Hessel et la protection des militants pacifistes accusés par Michèle Alliot-Marie : ce sont les libertés menacées par la droite et l’extrême droite israéliennes – là-bas, avec les lois scélérates comme ici, avec chez nous la complicité de leurs inconditionnels français.

Cette dérive de caractère totalitaire pose une question grave : que resterait-il de nos droits de citoyens si chaque groupe communautaire obtenait l’interdiction de toute manifestation lui déplaisant ? Et si des Canto-Sperber, obéissant à des Pécresse, faisaient taire les partisans du Droit International, de la paix et de la justice. Que ceux qui s’indignent d’une réunion présentée comme favorable au boycott d’Israël aient un dernier sursaut d’honnêteté et citent l’Appel de Stéphane Hessel : « Certains d’entre nous, écrit-il, appellent au boycott de tous les produits israéliens ; d’autres "ciblent" les seuls produits des colonies israéliennes ; d’autres encore choisissent des formes d’action différentes. Mais nous sommes tous unis pour refuser catégoriquement que les militant-e-s de la campagne internationale Boycott-Désinvestissement-Sanctions (BDS) soient accusés et jugés pour "provocation publique à la discrimination" alors qu’au contraire ils combattent contre toute forme de discrimination, pour le droit de tous les peuples à l’autodétermination, pour l’application à tous les États du Droit International et des sanctions prévues lorsqu’ils le bafouent. »

Déjà, pendant le massacre perpétré durant l’hiver 2008-2009 (1.400 morts palestiniens, 13 israéliens), l’actuel président du Crif prétendait parler au nom des juifs de France, dont il ne représente pourtant qu’un sur dix, pour mieux justifier la politique du gouvernement le plus extrémiste de l’histoire d’Israël et, à ce titre, plus isolé que jamais dans l’opinion et la société internationales. Il récidive.

Le président Prasquier qualifie tout un chacun d’« antisémite ». Mais que dit-il quand Israël accueille – début décembre 2010 – une délégation de près de 35 parlementaires et responsables européens d’extrême droite – dont le Néerlandais Geert Wilders, le Belge Filip De Winter et le successeur de Jorg Haider, l’Autrichien Heinz-Christian Strache ? Or, elle y a été accueillie avec les honneurs dus aux hôtes de marque : réception à la Knesset, rencontres avec des ministres et des dirigeants de différents partis, séjour à Sderot à l’invitation du maire travailliste, sans oublier une tournée des colonies juives en Cisjordanie. Qui se ressemble s’assemble : le vice-premier ministre et ministre des affaires étrangères Lieberman – cet ancien videur de boîte de nuit moldave décidé à « vider » l’État qu’il veut juif de ses Palestiniens – a conversé chaleureusement avec Wilders, qui rêve, lui, d’interdire le Coran en Europe. Qu’ont donc en commun les descendants, directs ou indirects, de la mouvance d’où surgit la « bête immonde » et les héritiers des victimes du génocide nazi – du moins celles et ceux qui refirent leur vie là-bas ?

Il est vrai – ceci explique sans doute cela – que, selon l’AFP, « Wilders a plaidé contre la restitution de territoires en échange de la paix avec les Palestiniens, proposant l’installation "volontaire" des Palestiniens en Jordanie, qu’il décrit comme le véritable État palestinien. "Le conflit ici au Moyen-Orient ne porte pas sur le territoire et les frontières, mais sur l’opposition entre le jihadisme islamique et la liberté occidentale". Les gens "se trompent en pensant qu’en abandonnant la Judée-Samarie (Cisjordanie, NDLR) et Jérusalem-Est pour les donner aux Palestiniens, cela mettra fin au conflit entre Israël et les Arabes", a-t-il estimé, selon la même source. Il a défendu les colonies juives en Cisjordanie comme des "petits bastions de la liberté, défiant des forces idéologiques qui nient non seulement à Israël, mais à tout l’Occident le droit de vivre dans la paix, la dignité et la liberté" ».

Quelles étranges lunettes porte donc Richard Prasquier pour diffamer Stéphane Hessel et épargner les néo-fascistes européens, peinturlurés aux couleurs de l’islamophobie en lieu et place de leur antisémitisme d’hier ? Disons-le clairement : en exigeant l’interdiction du meeting du 18 janvier à l’École Normale Supérieure et en se félicitant avec arrogance de l’avoir obtenue, le président du Crif ne dissimule plus le camp qu’il a choisi. Au fil de son histoire, le judaïsme a toujours comporté deux grands courants : Spinoza et ses excommunicateurs, Martin Buber et Zeev Jabotinsky, les Résistants de la Main d’œuvre immigrée (MOI) et l’UGIF de Vichy, les partisans d’une Palestine binationale et les organisateurs de la Nakba, l’Itzhak Rabin d’Oslo et ceux, Netanyahou en tête, dont les campagnes de haine armèrent idéologiquement son assassin, Avraham Burg et Liebermann... Bref, Prasquier est définitivement tombé du côté vers lequel, depuis longtemps, il penchait.

À le lire remerciant les ambassadeurs français de la droite et de l’extrême droite israéliennes de l’avoir aidé à bâillonner – du moins le croyait-il – Stéphane Hessel, crachant ainsi au visage des quelque 10.000 signataires de son Appel et des centaines de milliers de lecteurs de son petit livre, on est presque tenté d’imiter les animateurs du Printemps de Prague et de lancer : « Théo Klein, réveille-toi, ton (lointain) successeur est devenu fou ! »

Dominique Vidal

 

Auteur de Comment Israël expulsa les Palestiniens1947-1949, Éditions de l’Atelier, Paris.

mediapart.fr

http://www.altermonde-sans-frontiere.com/spip.php?article15707

 

08:45 Écrit par Friedrich von Dittersdorf dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : crif, antisionisme, antisémitisme, lobby, hessel, ens, israël |  Facebook |

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