15/08/2011

L'Europe des uns et celle des autres

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Depuis plusieurs siècles la chrétienté est divisée. Catholiques romains et orthodoxes d'une part, réformés de l'autre. De bonnes âmes tentent par divers moyens de rapprocher leurs divergences théologiques, de combler le fossé qui sépare ces deux conceptions du christianisme, c'est fort louable mais la cassure semble pérenne et ces divergences insurmontables.

Le culte marial est célébré aujourd'hui dans toute sa splendeur par les catholiques romains et les orthodoxes. Marie, la « mère de Dieu », la « toujours vierge », créature née immaculée du péché originel, médiatrice entre le ciel et la terre et consolatrice des affligés, si elle est sans nul doute « reine du Ciel », elle n'en reste pas moins la pierre d'achoppement avec les protestants.

Ces derniers dénoncent le culte marial comme une « idolâtrie », son image comme celle d'une déesse antique et dénient son caractère médiateur. S'ils croient que le Christ est né d'une vierge, cette dernière, épouse de Joseph, aurait pu lui donner des frères et sœurs. Marie est une femme choisie certes, mais sans plus.

La réforme de Luther et Calvin s'inscrit dans cette mouvance qui voit en tout homme le trait d'union entre son Créateur et lui. Nul besoin d'avocate au ciel, l’Église est un lieu de rencontre, une synagogue (dans le sens le plus grec du terme), pas un temple où se perpétue le sacrifice du Sauveur.

Entre le Créateur et la créature, le dialogue peut être permanent, personnel et direct. Pas d'offices, pas de prêtres, mais une communication de chaque instant.

Mais insidieusement, sans même que les fidèles réformés ne s'en rendent compte, c'est une sanctification de l'homme en tant que tel qui en découle. Il n'est plus une créature fidèle à un message, une être soumis à une loi divine et qui la respecte tant bien que mal, c'est un quasi collaborateur, un actionnaire, minoritaire peut-être mais actionnaire tout de même, du projet divin. Nous sommes de plein pied dans cette promotion de l'humanisme qui fera les beaux jours de la Renaissance et accouchera du modernisme.

La réforme, surtout dans sa déclinaison calviniste, c'est la légitimation du capitalisme, de la richesse, du prêt à intérêt, de la capacité illuminatrice de l'homme à interpréter l’Écriture, c'est l'individu comme référence de base et socle de la société.

Cette fracture nous ne pensons pas qu'elle se consolidera un jour et qu'elle marquera à jamais la différence de fond entre les deux familles chrétiennes.

C'est dommage, mais la perfection n'étant pas de ce monde et cette dernière n'étant l'apanage ni des uns ni des autres, elle participe aussi à la nécessaire diversité des vivants.

Sur le plan politique les marques de cette scission sont évidentes elles aussi. Le libéralisme économique, l’individualisme nord-américain, l’empirisme des philosophes protestants sont enfants de la réforme. La soumission à l'autorité, au groupe, le sentiment d’appartenance à une famille hiérarchisée sont les marques de l'orthodoxie (romaine ou orientale ).

Dans l'Europe qui est nôtre, c'est la frontière naturelle, qui divise peut-être, mais affirme aussi.

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