30/11/2011

Syrie: journalistes belges plus objectifs que les Français

Blindés à Homs le 25 novembre. La Libre Belgique le dit, après Infosyrie : ils tirent sur des snipers et des tueurs, pas sur des civils désarmés

Ca et là, des lueurs de vérité, des éclairs d’objectivité déchirent l’épais fog médiatique européen entourant la syrie. Deux journalistes belges du quotidien La Libre Belgique et de la Radio-télévision belge francophone (RTBF) viennent d’effectuer un séjour – autorisé par le gouvernement – à Homs, redevenue ces dernières semaines le point le plus chaud de la Syrie. Et  ils viennent de raconter ce qu’ils ont vu et entendu dans cette grande cité devenue le champ de bataille entre forces de l’ordre et groupes armés estampillés ou non « ASL ». Dans cet article, Christophe Lamfalussy rompt avec le manichéisme et donc la falsification prévalant sur le sujet chez la plupart de ses confrères : la violence – cette violence que la Ligue arabe ou Alain Juppé affectent d’attribuer aux forces de l’ordre -, les meurtres, les actes de barbarie, la terreur, bref, ils émanent aussi des groupes armés : civils abattus parce qu’ils exercent une fonction municipale, comme ces trois éboueurs, ou enlevés, parfois relâchés contre rançon, ou souvent assassinés. Et bien sûr militaires tirés par des tueurs embusqués, dont le journaliste belge a pu voir, à l’hôpital de Homs, des corps atrocement mutilés. Et les tueurs s’efforcent de transformer les spécificités communautaires en autant d’abimes de haine, désignant les alaouites comme l’ennemi irréductible à détruire. Oui, grâce à eux, Homs est devenu ou redevenu, avec la bénédiction des gouvernements et médias européens, un laboratoire de cette guerre civile que tant de déstabilisateurs des deux côtés de l’Atlantique ou de la Méditerranée souhaiteraient voir devenir la réalité de tout le pays. Et Homs, cité schizophrénique, mène une vie apparemment normale dans une majorité de ses quartiers, quand d’autres vivent dans la peur et la violence déchaînée.

Et Lamfalussy de pointer une conséquence de ce triste état de choses : la violence déchaînée des soit-disant combattants de la liberté est en train de « susciter à l’intérieur du pays une énorme mobilisation en faveur du président Bachar al-Assad ». Et cela s’écrit, rappelons-le, dans un des principaux quotidiens belges. A quand la même lucidité, la même objectivité dans les colonnes du Figaro, du Monde ou de Libération ? 

 

Des corps mutilés à Homs

Christophe Lamfalussy, envoyé spécial à Homs

Mis en ligne le 21/11/2011

La violence se déchaîne dans certains quartiers de la ville de Homs. Des atrocités sont commises contre les forces de l’ordre.

« Sous des apparences de normalité dans les grandes villes comme Damas et sur les grands axes routiers, les prémices d’une guerre civile sont visibles en Syrie : zones en sécession, infiltration de groupes d’insurgés à partir des frontières libanaise et turque, exécutions sommaires, enlèvements, mutilations de cadavres, menaces sur les civils. Un engrenage de violences s’est enclenché dans ce pays de 23 millions d’habitants qui laisse augurer du pire et suscite à l’intérieur du pays une énorme mobilisation en faveur du président Bachar el-Assad et de l’unité nationale.

Tel est le constat que La Libre Belgique a pu faire ces derniers jours lors d’un reportage autorisé pour la première fois par le gouvernement syrien, dans une tentative de rompre l’isolement du régime et de contrer les informations fournies par l’Observatoire syrien pour les droits de l’homme basé à Londres, la source principale des médias occidentaux. Jusqu’ici, Damas avait fermé le pays aux journalistes. Depuis avril, les diplomates en poste à Damas ne peuvent plus circuler librement dans le pays sauf autorisation. Malgré les pressions de la Ligue arabe, le pays reste fermé aux observateurs internationaux.

A Homs, où “La Libre” a pu entrer avec une équipe de la RTBF et deux médias catholiques, l’armée est peu présente sauf pour boucler les axes qui mènent à deux ou trois quartiers à majorité sunnite où les combats opposent des blindés à des snipers insurgés, comme celui de Bab Arm. Des soldats protégés par des sacs de sable ont pris le contrôle des principaux ronds-points. Dans le reste de la ville, la plupart des stores des magasins sont baissés, mais la circulation reste dense sur certaines avenues. L’opposition a effacé à la peinture noire une campagne des panneaux placés par les autorités vantant l’unité du pays. Les poubelles s’accumulent aux quatre coins de cette ville d’un million et demi d’habitants, la troisième du pays.

Selon le gouverneur de la ville, 755 civils et 142 militaires ont été tués dans la ville depuis le début de l’insurrection. “Nous vivons une crise profonde”, dit Kkaassan Abd’Alaale, le gouverneur sunnite dont la minorité alaouite réclame la démission en raison de son incapacité à ramener le calme dans la ville. “Ces groupes armés tentent de dresser les habitants contre les forces de sécurité. Il n’y a pas encore de guerre des religions. Je prie Allah pour que cela ne se produise pas.”

Comme beaucoup de responsables syriens, le gouverneur impute la crise à des pressions extérieures venant en grande partie de la région du Golfe et de Turquie, mais fait l’impasse sur le “printemps arabe”. Il insiste sur l’unité nationale et le risque de voir le pays sombrer dans une guerre confessionnelle où s’imposerait un islam conservateur dicté de l’extérieur.

L’évêque grec-orthodoxe de Homs, Abou Zakhm, dénonce lui les reportages tronqués que diffuse selon lui la chaîne de télévision Al Jazeera. “Dans mon quartier, dit-il, j’ai vu un gamin à vélo qui annonçait par portable à un correspondant de cette chaîne qu’il était en train d’entendre des tirs violents à Deraa. Or cette ville se trouve tout au sud du pays.”

Le gouverneur de Homs assure que l’armée use de la force avec modération. Les soldats quadrillent les quartiers chauds de la ville avec des listes de personnes soupçonnées de soutenir les insurgés. “Chaque jour, dit-il, nous avons des manifestations de 1 200 à 2 000 personnes. Si l’armée avait reçu l’ordre de tirer sur la foule, il y aurait beaucoup plus de morts.”

La contestation, d’abord pacifique, s’est muée en une résistance armée, bien mieux équipée qu’à ses débuts et désormais organisée. A la nuit tombante, les quartiers sont livrés à la violence. Dans Homs, des lignes de confrontation existent, invisibles à l’œil inexpérimenté de l’étranger.

Dans le quartier de Zahra, une file s’allonge devant un camion citerne distribuant aux habitants 20 litres de mazout par personne. “J’attends depuis trois heures”, se plaint un habitant. C’est le quartier des Alaouites, la communauté religieuse dont fait partie le président el-Assad. La peur est palpable, et à l’hôpital, les témoignages fusent sur les atrocités commises par les “bandes armées”. Les habitants parlent de snipers qui tirent depuis les toits sur les passants et de femmes dénudées en public.

Il est impossible et trop dangereux de vérifier qui sont ces “bandes armées”. Les Syriens fidèles au Président parlent de “salafistes” ou de “terroristes”, tandis que les insurgés accusent la Shabihah, une milice en civil (dont le nom signifie “fantôme” en arabe) qu’ils accusent de faire les basses œuvres du régime.

Trois éboueurs ont été abattus en pleine rue, alors qu’ils balayaient”, raconte Mohamed, 29 ans, qui ramasse les corps pour le compte d’une société qui dispose de 29 ambulances dans tout Homs. “L’armée dit où se trouvent les cadavres, et on y va. Dans certains quartiers, nous y allons avec les forces de l’ordre. Ils nous tirent dessus.

Mohamed, qui peine à raconter son histoire tant les habitants se pressent dans le hall de l’hôpital pour témoigner aux journalistes, évoque aussi la découverte par lui d’un cadavre sur la route de Zaidal. “C’était un sunnite”, dit-il. “Ils l’avaient obligé à écrire sur une feuille qu’il avait transporté des Shabiha dans sa voiture et qu’il avait tiré sur des manifestants pacifiques. Le papier était sur son cadavre. Il était égorgé.

Plusieurs cas d’enlèvements ont aussi été recensés ces derniers jours. Cette jeune femme a été enlevée sur le chemin du travail, dans le bus qui l’emmenait à l’usine. “Nous avons été kidnappés et emmenés dans une maison. Nos ravisseurs portaient des barbes et des treillis militaires. C’étaient des gens de Homs. Ils venaient du quartier de Walid Khaled. Ils nous ont dit qu’ils voulaient nous chasser de nos maisons. Cela faisait une semaine qu’ils surveillaient notre bus.” La jeune femme a été libérée mais ne va plus à son usine.

Si les exactions commises par les forces de sécurité ont été détaillées par des organisations comme Human Rights Watch (HRW), il apparaît que les forces de l’ordre sont elles aussi l’objet d’atrocités. A la morgue de l’hôpital militaire de Homs, “La Libre” a pu voir le cadavre de deux policiers atrocement mutilés, qui venaient d’être amenés de la ville. L’un d’eux avait un bras largement tailladé, des doigts coupés et une partie du crâne ouvert par un objet contondant, une partie de la cervelle reposant à côté dans un sac en plastique. Une vapeur d’essence surplombait l’odeur de putréfaction. Et toujours ses yeux ouverts, horrifiés et pétrifiés par la mort toute proche.

Les cadavres sont trouvés dans la rue, dans des cours d’eau ou servent de monnaie d’échange pour des libérations de prisonniers”, explique un urgentiste de l’hôpital. “Les gens sont généralement tués, puis coupés au couteau. Les coups sont donnés d’une manière sauvage. Chaque cadavre est soumis à une enquête du médecin légiste. Et toute cette documentation est conservée à l’hôpital.”

L’hôpital militaire reçoit ses martyrs (“shahids”) à raison d’au moins un par jour et jusqu’à dix-neuf cadavres une fois. La plupart des corps sont mutilés. Homs est considéré comme l’épicentre de l’insurrection, mais d’autres villes ou villages connaissent un sort semblable. Selon une source diplomatique, l’armée syrienne s’est ainsi retirée de la ville d’Idlib, à 60 kilomètres au sud-est d’Alep et ne s’y aventure plus. “La Syrie est au bord du trou. J’espère qu’elle ne va pas y tomber”, résume un diplomate à Damas, très inquiet. Comme pour conjurer le sort, les partisans d’Assad défilaient vendredi par petits groupes en scandant “Tous unis, le peuple et l’armée” en brandissant les drapeaux syriens, avant de rejoindre une des places de la capitale. »

http://www.infosyrie.fr/re-information/a-homs-la-grande-p...

09:55 Écrit par Friedrich von Dittersdorf dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : moyen-orient, syrie, bass, bachar el assad, libre belgique, juppé, france, occident, otan |  Facebook |

27/11/2011

DSK: le feuilleton est reparti...

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M. Edward-Jay Epstein


Et c'est reparti !

On pensait en avoir fini avec le feuilleton de l'année, passer définitivement à autre chose de plus intéressant à défaut d'exaltation en cette fin d'année fade et sans couleurs, mais non ! il repointe le bout de son … nez.

Et c'est Ed. Epstein qui en remet une couche.

Lui, (78 ans, le bougre!) c'est un « journaliste américain », comme on dit chez nous. Un peu comme si « journaliste américain » était une référence de qualité. Ils ajoutent qu'il publie dans de sérieuses revues, ben voyons ! c'est la moindre des choses, non ?

Et il dit quoi ce monsieur Epstein ? Que DSK a été piégé par des comploteurs qui ont tout manigancé. Nous n'allons pas revenir sur ses hypothèses, vous les connaissez.

Remarquons tout d'abord que les conclusions de monsieur Epstein sont les siennes et qu'aucune preuves ne les étayent. Il visionne des vidéos sans son, refait l'agenda, minute par minute, de DSK, suppose, procrastine et conclut.

Nous avons déjà écrit que si complot il devait y avoir, ce n'était pas au mois de mai dernier qu'il aurait dû prendre forme, et certainement pas à New-York. Nous avons même ajouté que l'enquête en cours à Lille sur les faits de proxénétisme supposés au « Carlton » suffisaient à eux seuls à plomber la candidature ou la campagne de monsieur Strauss-Kahn.

Ce qui nous titille par contre, c'est monsieur Taubmann, biographe officiel de DSK qui sur Europe 1, en juin dernier présente monsieur Epstein comme un « ami personnel ».

Quand on connaît la force des réseaux de DSK et les relations internationales de ses communicants, on reste dubitatif et on imagine sans mal les « petits services » que de bons amis peuvent se rendre.

Et, de plus, si la thèse de Ed. Epstein tient la route, pourquoi DSK a-t-il admis avoir eu une « relation consentie » avec la femme de chambre ?

Ce dernier épisode, plutôt inattendu, du feuilleton DSK, nous apparaît comme une tentative de diversion face au prochain scandale qui attend l'ex-directeur du FMI, celui du « Carlton » où, d'après « La Voix du Nord », DSK sera entendu, certes, mais en garde à vue.

Que l'UMP, organe d'un pouvoir qui est capable de tout, alimente les braises sur cette affaire n'est pas étonnant, le but est d'éclabousser tant et plus le parti socialiste derrière ce qui reste de DSK.

Il en est pour qui un cadavre sert encore.

26/11/2011

Et si on séparait l'Etat de la Franc-maçonnerie ?

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Le 23 novembre dernier, le candidat François Hollande s'est adressé à un parterre de Francs-maçons dans les locaux du Grand Orient de France, rue Cadet à Paris.

Avant lui, François Bayrou et Jean-Luc Mélenchon s'étaient prêtés à cette grand-messe (comme certains l'écriraient).

Nicolas Sarkozy fera-t-il, comme par le passé, le détour ? Nul ne le sait. Il aurait été invité, mais certaines Loges émettent de sérieuses réserves susceptibles de troubler la sérénité des débats.

Que les candidats à la magistrature suprême se présentent au siège de la plus vieille et prestigieuse obédience maçonnique, pourquoi pas ?

Chez les Frères, François Hollande en a profité pour déclarer qu'il envisageait d'intégrer dans la Constitution la séparation des Églises et de l’État. Il est donc venu avec un biscuit dans sa poche, histoire de se bien faire voir par des Frères toujours chatouilleux sur ce chapitre..

Tant qu'à faire, pourquoi ne pas intégrer dans la Constitution la séparation de l’État et de la Franc-maçonnerie ?

Les choses au moins seraient claires.

Le Grand-Orient est une obédience maçonnique qui se présente comme « gardien des valeurs républicaines ». Parmi celles-ci, la laïcité à propos de laquelle peu s'entendent sur sa définition exacte et son champ d'application.

Nous ne voyons pas de quel droit et au nom de quelle légitimité, une obédience maçonnique dont le but premier est la conservation de l'héritage initiatique occidental se présente sur un tel registre politique.

Imaginons un seul moment l’Église catholique réclamer de l’État la reconnaissance de sa primauté dans le legs religieux de notre pays de notre pays. Vous imaginez les cris d'orfraies ?

Que le Grand-Orient, dès lors, se préoccupe de ce qui est sien : la sphère initiatique et qu'il laisse aux instances républicaines, aux parlementaires, aux associations ad hoc, le soin de défendre ce qu'ils appellent et définissent comme « valeurs républicaines ».

Et que le Grand-Orient cesse de considérer la République comme sa chasse gardée. On peut être républicain sans connaître les us et coutumes des loges. 

Comme on peut être franc-maçon et faire ses dévotions.