29/06/2012

Onfray accusé d'antisémitisme

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Michel Onfray a publié dans «le Point» du 7 juin dernier un article présenté comme un «plaidoyer» en faveur de l’historien Jean Soler, texte qui lui vaut depuis d’être la cible de critiques virulentes.

Jean Soler, ancien diplomate, plusieurs fois nommé à la tête d’institutions culturelles, est l’auteur de nombreux ouvrages consacrés, sur un mode hostile, à l’histoire et à la philosophie du monothéisme. Il vient de publier «Qui est Dieu ?» (éditions De Fallois). Michel Onfray, en «athéologien» militant, a tenu à saluer la parution de l’ouvrage. Il présente Jean Soler comme un érudit solitaire et minutieux, méprisé par les institutions, bien qu’il excelle «dans la patience du concept».

« Il a toutes les qualités de l’universitaire, au sens noble du terme ; voilà pourquoi l’université, qui manque de ces talents-là, ne le reconnaît pas », tranche Onfray, offrant une démonstration éclatante à l’adage qui veut qu’on utilise souvent les autres pour dire ce qu’on pense de soi.

Les juifs "inventent" le génocide

Premier problème: sur les plans théologique comme historique, l’article de Michel Onfray est truffé d’approximations, de contresens et de confusions: on renverra ceux que ça intéresse à cette critique très complète de Didier Long, qui reprend les erreurs d’Onfray une par une, ou à la réponse du rabbin Yeshaya Dalsace dans «le Point» de ce jeudi.

Mais ces errements ne sont pas la source de la polémique. L’idée centrale de ce «plaidoyer» est que le monothéisme juif, avec sa «violence intrinsèque exterminatrice» a inauguré les plaies de l’Histoire que sont les massacres ethniques et les génocides.

Pour Onfray commentant Soler, les prescriptions bibliques, loin d’avoir offert une première existence à l’idée d’une morale universelle (comme le croient les naïfs), «ne regardent pas l’universel et l’humanité, mais la tribu, le local (…). L’amour du prochain ne concerne que le semblable, l’Hébreu, pour les autres, la mise à mort est même conseillée.»

On apprend aussi que le dieu des juifs «a voulu la ségrégation» en interdisant les mariages mixtes et en instaurant des interdits alimentaires. En clair: «ce dieu est ethnique, national, identitaire». Yahvé, un mec du Rassemblement Bleu Marine ? Peut-être pire encore…

Car Onfray poursuit, tout à son idylle intellectuelle avec Soler: il évoque «l’extermination des Cananéens par les juifs» et reprend, sans apporter la moindre contradiction, l’expression de «purification ethnique». «Les juifs inventent le génocide», fait-il enfin dire à l’historien.

Hitler-Moïse : même combat?

Tout ceci pose évidemment problème. D’abord en termes purement factuels. Il est prouvé que la conquête destructrice de Canaan, racontée dans le livre de Josué, est une épopée à peu près fictive, comme on en trouve dans les récits fondateurs de tous les peuples.

Par ailleurs, sa dénonciation de l’«ethnicisme» juif exige de taire certains faits: Adam, Abraham, Noé et consorts n’étaient évidemment pas juifs; le code lévitique affirme: «Tu aimeras l’étranger comme toi-même»; l’interdiction d’assassiner (et non de tuer) dans le deutéronome concerne l’humanité entière (contrairement à ce qu’Onfray affirme); l’élection du peuple d’Israël, concept fréquemment mal compris, ne lui procure à aucun bénéfice, hormis celui d’être soumis à des lois plus sévères. On trouve dans la Bible des versets comme: «Car Ma maison sera appelée maison de prière pour tous les peuples.» On a certainement fait plus humaniste que l’Ancien testament. Mais c’est un texte nébuleux, parfois contradictoire, dans lequel il vaut mieux pénétrer prudemment.

Au-delà de ces contresens, on ne peut qu’être frappé par l’anachronisme du raisonnement de Michel Onfray. Utiliser des concepts modernes pour juger une peuplade du XIIe siècle avant J.C. est une démarche pour le moins hasardeuse. C’est ainsi: la Charte des Nations unies de 1948 n’était pas souvent appliquée sous l’Antiquité. Les royaumes, juifs ou pas, du deuxième millénaire avant notre ère étaient rarement aux mains de monarques cosmopolites et post-identitaires. Les archéologues retrouvent très peu de pin’s «Touche pas à mon pote» lorsqu’ils fouillent le sol mésopotamien. Les divinités obtuses qui régnaient en ce temps rechignaient à se donner la main pour former une grande chaîne de la tolérance autour de la terre.

Cette amère vérité n’arrête pas Onfray et Soler. Le philosophe cite l’historien, dans ce qui constitue le passage le plus problématique de son article: «Le nazisme selon “Mein Kampf” (1924) est le modèle hébraïque auquel il ne manque même pas Dieu.» Puis Onfray acquiesce: «Hitler est le guide de son peuple, comme Moïse.» Le judaïsme, fondement de la pulsion génocidaire? Modèle de l’hitlérisme?

Onfray accrédite même une théorie selon laquelle les nazis auraient exterminé les juifs pour «détrui[re] la position concurrente la plus dangereuse» - rappelons à toutes fins utiles que les juifs n’ont jamais exterminé qui que ce soit. Mais Onfray tient à sa démonstration: il insinue que la formule «Dieu avec nous» utilisée par le Reich hitlérien était reprise du prophète Isaïe. C’est là une torsion de la vérité historique: cette devise avait été empruntée par l’Empire germanique dès 1871, non à Isaïe, mais aux byzantins.

 

«Goût exquis»

 

Cette volonté de «judéiser» le nazisme a valu au philosophe des critiques sévères. Haïm Korsia a fait part dans «l’Express» de sa «révulsion». Michaël de Saint-Chéron, sur le site de «la Règle du jeu» (organe il est vrai traditionnellement hostile à Onfray) lui reproche de laisser libre cours à sa «détestation des juifs». Dans «le Point» de ce jeudi, Yeshaya Dalsace, Aldo Naouri et Antoine Spire, en plus de montrer les errements de son argumentation, ironisent sur le «goût exquis» de sa comparaison entre nazisme et judaïsme.

 

Dans le même journal, Marek Halter émet l’hypothèse que «les juifs le gênent» et lui reproche ses accents communs avec Ernst Nolte, «historien allemand qui essaie de nous faire croire que les nazis ont tout appris chez les bolchéviques, et les bolchéviques chez les juifs. Ainsi la boucle est bouclée: les juifs sont responsables de leur propre mort.»

Michel Onfray a répondu, d’une manière qu’on qualifiera poliment d’étrange, toujours dans «le Point»: il s’est contenté de reproduire un texte datant de janvier dernier, dans lequel il se proclamait sioniste. Pas un mot sur les contrevérités qu’il a relayées, ni sur les thèses de Jean Soler, dont il semble pourtant apprécier la lecture. Pas même une phrase indiquant que son opposition, tout à fait honorable, au sectarisme monothéiste a pu le pousser à contresigner des choses qu’il ne pensait pas. Ca arrive, parfois, d’écrire trop vite.

David Caviglioli

source: http://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20120628.OBS5459...

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28/06/2012

Qui était de Coudenhove-Kalergi ?

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C'est une personnalité peu connue du grand public que nous allons tenter de vous faire connaître, le Comte de Coudenhove-Kalergi, un des « père fondateurs de l'Europe ».

Singulier personnage , né à Tokyo en 1894 de père austro-hongrois et de mère japonaise, il reçoit une excellente éducation, passe un doctorat en philosophie et se passionne très tôt pour la politique.

Le continent européen, conclut-il, sera, avant même la fin de ce siècle, un protectorat anglais ou américain si les nations européennes ne s'unissent pas autour de cette idée forte : sans altérer l'esprit des nations qui la composent , promouvoir d'abord l'intérêt de l 'Europe (de l'Espagne à la Pologne).

Il publie ses idées dans un livre, Paneuropa, en 1923.

Il a une bonne vision du futur qui attend le continent ; bolchevisme universaliste en Russie, concurrence américaine qui ira en s'intensifiant, impérialisme anglais égoïste, danger de guerre.

L'Histoire lui a donné raison, la dernière guerre a réduit l'Europe, et l'impérialisme anglais, à néant, à ce dernier a succédé l'américain dont l'Europe est le protectorat de fait. L’Europe, tel que rêvée par de Coudenhove, est devenue un espace mercantile où les intérêts les plus apatrides trouvent terrain propice à leur expansionnisme sans limite.

Dès l'entre-deux guerres, son message est reçu par des personnalités diverses comme Einstein, Freud, de Rougemont, Aristide Briand, Adenauer, Robert Schuman et même Winston Churchill.

L'homme, est un catholique pour qui l'Europe s'ancre dans le christianisme, les Croisades furent le premier sursaut continental face à une cause commune. Elles prouvèrent qu'au-delà des nationalités et des cultures, toutes convergentes, l'Europe pouvait assumer une tâche et un destin qui lui soit propre.

Après la guerre, c'est lui qui lance l'idée de la mise en commun du charbon allemand et du minerai français, ce fut la Communauté européenne du charbon et de l'acier ébauche de ce qui deviendra plus tard l'Union Européenne.

L’Europe des Nations de de Gaulle, c'est encore l'esprit de de Coudenhove qui souffle.

Le drapeau européen (bleu marial aux étoiles éponymes), c'est lui. Il le voyait avec la croix rouge des Croisades sur cercle doré, soleil d’Apollon. Ce dernier détail s'avéra difficile à faire passer...

Un jour férié en mai et « l'hymne » européen (paroles de Shiller, musique de Beethoven), c'est lui aussi.

Il ne reste pas grand chose de ses visions. La puissance européenne est anémiée et au service d'intérêts privés. Bruxelles et la Commission n'ont en vue que des objectifs d'élargissement à des fins purement alimentaires. La culture, la préservation des caractéristiques ethniques et linguistiques fait face à une uniformité a minimum, le moins-disant l'emportant .

Otto de Habsbourg avait repris et défendu ses idées.

Il nous conforte dans la conviction que seule une Révolution pourra replacer l'Europe à la place qui fit, jadis, sa grandeur.

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(L'emblème européen selon de Coudenhove)


06:52 Écrit par Friedrich von Dittersdorf dans politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : europe, de coudenhove-kalergi, pan-europe, otto de habsbourg |  Facebook |

24/06/2012

Grèce: comme une odeur de pétrole...

Et si tout ce ballet politico-économique autour de la Grèce avait comme une odeur de pétrole ?
Pourquoi cette insistance à vouloir garder la Grèce dans l'euro, pourquoi la menacer de représailles si elle joue son propre jeu ? Pourquoi s'accrocher au rocher grec qui, économiquement, n'en vaut pas la peine ?
Du moins à première vue, mais en creusant un peu, du côté des rives de la mer Egée, c'est une autre histoire...
Que nous révèle voltaire.org

 

Après l’étude de la Méditerranée orientale, William Enghdal se concentre sur les ressources découvertes récemment en mer Egée, qui annoncent un profond bouleversement du paysage géopolitique. Dans le cas de la Grèce, alors que l’exploitation des réserves découvertes permettraient de résorber la dette, les maitres étrangers de cet État qui a perdu sa souveraineté ont des plans très différents. Ainsi Hillary Clinton est venue en personne à Athènes pour assurer les intérêts des États-Unis et de son époux Bill dans la région, alimentant pour le moins les tensions avec la Russie.

La découverte fin 2010 d’importantes réserves de gaz naturel dans les eaux israéliennes en Méditerranée a incité les pays voisins à inspecter de plus près leurs propres eaux. Les résultats montrent que l’ensemble de la Méditerranée orientale regorge d’immenses réserves de pétrole et de gaz inexploitées. Ceci a d’énormes conséquences politiques, géopolitiques, économiques et pourrait avoir aussi des conséquences militaires.

Les premières explorations ont confirmé que les réserves en pétrole et en gaz étaient impressionnantes partout dans les eaux au large de la Grèce, de la Turquie, de Chypre et de la Syrie.

Le sirtaki énergétique grec

Avec la crise financière désastreuse que connaît le pays, il n’est pas surprenant que le gouvernement grec se soit sérieusement mis à chercher du pétrole et du gaz. Depuis qu’il en a trouvé, le pays s’est mis à danser un curieux ballet avec le FMI et les gouvernements de l’Union européenne, une sorte de « sirtaki de l’énergie » afin de savoir qui contrôlera ces immenses découvertes et donc, qui en bénéficiera en dernier ressort.

En décembre 2010, alors qu’il semblait que la crise grecque pouvait encore être résolue sans plans de sauvetage géant ou privatisations, le ministère grec de l’Énergie a constitué un groupe d’experts afin étudier les perspectives en matière de pétrole et de gaz dans ses eaux. L’industrie pétrolifère et gazière du pays a commencé à augmenter ses investissements après une première petite découverte de pétrole en 2009. Des études géologiques plus importantes ont alors été conduites. Les premières estimations révélèrent que la quantité de pétrole au large des côtes grecques dépasserait 22 milliards de barils dans la mer Ionienne à l’ouest et quelque 4 milliards de barils dans le nord de la mer Égée, à l’est. [1]

Les parties sud de la mer Égée et de la mer de Crète ne sont pas encore explorées et les chiffres pourraient in fine s’avérer être beaucoup plus élevés. Un précédant rapport du Conseil National Grec pour la Politique Énergétique annonçait : « La Grèce est l’un des pays les moins explorés en Europe au regard des réserves d’hydrocarbures potentielles » [2]. Selon l’analyste Aristote Vassilakis, « les enquêtes mesurant la quantité de gaz naturel ont évalué les réserves à 9 000 milliards de dollars » [3]. Même si une petite partie seulement de ceci était disponible, cela suffirait à transformer radicalement les finances de la Grèce et de toute la région.

David Hynes, l’expert en ressources pétrolières de l’Université de Tulane (Nouvelle-Orléans) a confié récemment à un auditoire à Athènes que la Grèce pourrait potentiellement résoudre sa crise et rembourser toute la dette publique via l’exploitation des nouveaux gisements de gaz et de pétrole découverts. Il estime que cela pourrait rapporter au pays plus de 300 milliards d’euros sur 25 ans. Mais au lieu de cela, le gouvernement grec est contraint d’accepter des remaniements ministériels, des réductions de salaires et des suspensions du versement de retraites pour obtenir un deuxième prêt de la part l’UE et de du FMI, ce qui ne fera que conduire le pays plus profondément encore sur le chemin du déclin économique. [4]

Il est notoire que les dirigeant du FMI et de l’UE, et notamment d’Allemagne, demandent que la Grèce vende ses ports et ses entreprises publiques, parmi lesquelles bien sûr les compagnies pétrolières d’État, afin de réduire sa dette. Dans le meilleur des cas, la vente des actions rapporterait au pays 50 milliards d’euros [5]. Les plans prévoient que l’entreprise publique de gaz naturel, DEPA, privatise 65 % de ses actions pour rembourser la dette [6]. Les acheteurs viendraient probablement de l’extérieur du pays, comme ce fut le cas pour d’autres entreprises grecques dans la même situation.

Le problème, au-delà de la demande du FMI que la Grèce brade ses ressources pétrolifères, réside dans le fait que la Grèce n’a pas déclaré de Zone Économique Exclusive (ZEE) comme la plupart des autres pays qui forent pour trouver du pétrole. Il y avait peu de besoins jusqu’alors. Une ZEE confère à l’État des droits spécifiques relatifs aux richesses du sous-sol dans ses eaux déclarées en vertu de la Troisième Convention des Nations Unies sur le Droit de la Mer, entrée en vigueur en Novembre 1994. En vertu de celle-ci, une nation peut prétendre à une ZEE jusqu’à 200 milles marins de ses côtes [7].

La Turquie a déjà déclaré qu’elle considérerait comme un « acte de guerre » le fait que la Grèce fore plus loin dans la mer Egée [8]. Jusqu’à présent cela n’avait pas prêté à conséquences car aucune réserve de pétrole ou de gaz n’étaient connues. Désormais il s’agit d’un tout autre enjeu.

Evangelos Kouloumbis, ancien ministre de l’Industrie a récemment déclaré que le pays pourrait « couvrir 50 % de ses besoins avec le pétrole découvert dans les champs offshore de la mer Egée, et le seul obstacle est l’opposition turque vis à vis d’une éventuelle exploitation grecque » [9].

Hillary aussi sait danser

En juillet 2011, Washington a rejoint le sirtaki énergétique grec. La secrétaire d’État Hillary Clinton s’est rendue à Athènes en ayant en tête les questions énergétiques. Elle était accompagnée de son envoyé spécial pour l’énergie eurasiatique, Richard Morningstar. Morningstar a été le conseiller spécial du président Bill Clinton, chargé de la diplomatie énergétique dans le bassin capien, et l’un des agents stratégiques de Washington dans les batailles géopolitiques visant à démembrer l’ex-Union soviétique et à faire encercler la Russie alors plongée dans le chaos par d’anciens États de l’URSS pro-OTAN.

Morningstar et le très controversé Matthew Bryza ont été les principaux architectes à Washington des projets étasuniens d’oléoducs et de gazoducs consistant à couper la Russie et ses ressources en gaz de l’Union Européenne. Bryza est un opposant déclaré à l’oléoduc russe South Stream qui passe à travers les pays de l’Est de la Méditerranée [10]. Clairement l’administration Obama n’est pas neutre concernant les nouvelles découvertes de pétrole et de gaz. Trois jours après qu’Hillary ait quitté Athènes, le gouvernement grec a proposé la création d’une nouvelle agence gouvernementale pour gérer les appels d’offre en matière de prospections et de forages.

Morningstar est le spécialiste étasunien de la guérilla économique contre la politique énergétique russe. Il fut décisif dans la maintient du controversé oléoduc BTC qui part de Bakou, rejoint Tbilissi en Géorgie et va jusqu’au port Turc de Ceyhan, une coûteuse entreprise conçue uniquement pour éviter un transit via la Russie. Il a ouvertement proposé que la Grèce et la Turquie abandonnent leurs différents historiques concernant Chypre, ainsi que de nombreuses autres questions et s’entendent pour gérer conjointement leurs réserves de pétrole et de gaz en mer Egée. Il a également dit au gouvernement grec qu’il devait oublier la coopération avec Moscou sur le gazoduc South Stream ainsi que le projet de gazoduc Bourgas-Alexandroupolis [11].

Selon un rapport de l’analyste politique Aristote Vassilakis publié en juillet 2011, l’objectif de Washington en poussant ainsi la Grèce et la Turquie à unir leurs forces sur le pétrole et le gaz réside dans le partage prévu des revenus de ces exploitations. Selon son rapport, Washington propose que la Grèce obtienne 20 % du chiffre d’affaires, la Turquie 20 % et la société états-unienne Noble Energy, société qui a déjà assuré le forage dans les eaux israéliennes et au large des cotés grecques, obtiendrait la part du lion, c’est à dire 60 % [12].

Bill, l’époux de la secrétaire d’État Hillary, est lobbyiste à Washington pour le compte de Noble Energy. [13]

Les complications chypriotes

Comme si ces complications géopolitiques ne suffisaient pas, Noble Energy, a également découvert d’énormes volumes de gaz au large de la République de Chypre. En Décembre 2011 la compagnie a annoncé un forage réussi dans une zone dont on estime qu’elle recèle au moins 200 milliards de mètres cubes de gaz naturel. Charles Davidson, le directeur général de Noble Energy, a fait remarquer à la presse que « cette dernière découverte démontre que ce bassin est de première importance au niveau mondial, en terme de quantité et de qualité » [14].

Chypre est une pièce compliquée sur l’échiquier. Des documents déclassifiés du gouvernement états-unien des années 1970 révélés récemment, montrent qu’Henry Kissinger, qui était lors le secrétaire d’État, aurait activement encouragé et facilité l’armement du régime turc de l’ancien élève de Kissinger à Harvard et Premier ministre Bulent Ecevit pour organiser une invasion militaire de Chypre en 1974, ayant pour effet la partition ethnique de l’île entre un espace turc au nord et un autre grec et chypriote au sud ; une division qui perdure encore aujourd’hui. La stratégie de Kissinger, soutenue par les Britanniques, était destinée à créer un prétexte pour une présence militaire permanente états-unienne et britannique afin de pratiquer des écoutes militaires dans la Méditerranée orientale durant la Guerre froide. [15]

Aujourd’hui, la partie grecque du sud, où Noble Energy a découvert de larges gisements de gaz, est membre de l’UE. Son président, Demetris Christofias, est l’unique dirigeant communiste de l’Union européenne. Il est également un ami proche d’Israël, et de la Russie. En outre, il est très critique à l’égard de la politique étrangère états-unienne, ainsi que de la Turquie [16].

En ce moment, Israël envisage de construire un gazoduc sous-marin depuis les champs israéliens du Levant à travers les eaux de Chypre jusqu’à la terre ferme grecque, pour approvisionner le marché de l’UE. Les gouvernements de Chypre et d’Israël se sont entendus sur la délimitation de leurs zones économiques respectives, en ignorant la Turquie. Cette dernière a ouvertement menacé Chypre du fait de son accord avec Noble Energy. La Russie a réagi en déclarant qu’elle ne tolérerait pas les menaces turques contre Chypre, compliquant encore un peu plus les relations russo-turques [17].

Les relations turco-israéliennes quant à elles, amicales par le passé, sont devenues de plus en plus tendues ces dernières années sous la politique étrangère d’Erdogan. Ankara a exprimé sa préoccupation au sujet des liens récents entre Israël et ses adversaires historiques, la Grèce et la partie grecque de Chypre. La République turque de Chypre du Nord, alliée de la Turquie, craint de ne pas être représentée de façon juste dans le partage du gaz après qu’Israël et Nicosie aient signé un accord pour se répartir les 250 kilomètres de mer qui les séparent. [18]

Il devient évident, surtout quand nous jetons en parallèle un regard sur la carte de la Méditerranée orientale, que l’appétit féroce pour les réserves de pétrole et de gaz et leur exploitation pose les bases d’un conflit de grande ampleur dans la zone, impliquant les intérêts stratégiques des États-Unis, de la Russie, de l’Union Européene, d’Israël, de la Turquie, de la Syrie et du Liban.

[1] « Greek Companies Step Up Offshore Oil Exploration-Large Reserves Possible », par Ioannis Michaletos, balkanalysis.com, 8 décembre 2010.

[2] Ibid.

[3] « Hillary came to Greece to seal oil exploration deals ! », par Hellas Frappe, hellasfrappe.blogspot.com, 21 juillet 2011.

[4] « Drilling for oil in the Aegean may help ease Greece’s debt crisis », par Chris Blake, hellenext.org, 7 juillet 2011.

[5] Ibid.

[6] « Greece Considering Plugging Aegean Islands into Turkish Energy Grid », par John Daly, businessinsider.com, 22 novembre 2011.

[7] Convention des Nations Unies sur le Droit de la mer, 6ème partie, article 76, Définition du plateau continental.

[8] Chris Blake, op. cit.

[9] Ioannis Michaletos, op. cit.

[10] Hellas Frappe, op. cit.

[11] Ibid.

[12] Ibid.

[13] « Vast gas fields found off Israel’s shores cause trouble at home and abroad », par Hugh Naylor, thenational.ae, 34 janvier 2011.

[14] « Significant Natural Gas Discovery Offshore Republic of Cyprus », Communiqué de presse de Noble Energy, maritime-executive.com, 28 décembre 2011.

[15] « New documents link Kissinger to two 1970s coups », par Larisa Alexandrovna et Muriel Kane, rawstory.com, 26 juin 2007. The Cyprus Conspiracy, America Espionnage and the Turkish invasion, par Brendan O’Malley et Ian Craig, I.B. Tauris éditeur, 1999.

[16] « http://turkeymacedonia.wordpress.co..., par Yilan, turkeymacedonia.wordpress.com, 30 mai 2011.

[17] « Turkey and Cyprus Gas : More Troubles Ahead in 2012 », par Stephen Blank, silkroadstudies.org, 9 janvier 2011.

[18] Hugh Naylor, op. cit.

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