05/07/2012

Inquisitio ou un détournement prémédité

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Hier, sur France 2 les premiers épisodes d' «  Inquisitio », un télé-film sur l'Inquisition. On se doutait bien que ce ne serait pas à la gloire de l’Église catholique romaine, mais, de là, à trahir la vérité historique comme ce fut le cas...

Après tout, doivent se dire les réalisateurs, on risque quoi ? Qui connaît l'histoire de l'Inquisition, qui va défendre l’Église, tout le monde s'en fout, il y a un synopsis avec de la torture, des juifs, des beaux paysages, deux Papes, le Palais d'Avignon, une belle sorcière, quoi de plus ?

L’inquisition d'abord : au moment des faits, c'est-à-dire, la période des Papes d'Avignon (14 et 15em siècle), l'Inquisition était inopérante dans les États du Pape, soit le Comtat Venaissin. Elle ne pouvait donc tenir le rôle qu'elle a dans le film. La justice ecclésiastique était du ressort de l'évêque, elle avait pouvoir sur le temporel comme le spirituel, et il patent qu'elle était plus respectueuse de la procédure et des règles de droit que la justice du Seigneur.

L’inquisition fut essentiellement espagnole et portugaise. Son but était de combattre l'hérésie, elle n'avait pas de compétence pour les crimes de sang ; là aussi le film fait fausse route en la présentant active sur les territoires qui sont aujourd'hui français.

Les juifs ensuite. Dans le Comtat Venaissin (Carpentras), ils étaient sous la protection du Pape, tous les historiens s'accordent pour dire que leur sort, comparés à celui de leurs co-réligionnaires sur les terres du Roi de France, était enviable. Bien sûr, ils étaient soumis à des restrictions, comme celle de demeurer à l'intérieur des murs de la ville, de réintégrer leur foyer avant Vêpres et de ne pouvoir exercer certains métiers, comme médecin.

Le téléfilm est cousu de fil blanc. D'un côté les rétrogrades catholiques, Pape (usurpateur ou non?) d'Avignon en tête, flanqué d'un Dominicain illuminé, obsédé par con combat contre les hérétiques. Les forces du mal en quelque sorte.

De l'autre, des juifs de Carpentras, médecins, lettrés, vivant dans une communauté pacifique et soudée, cherchant par leurs expériences sur les rats à combattre la peste, et une sorcière, jeune, belle et mystérieuse, d'origine juive comme il se doit et vivant dans la forêt sous la garde d'un loup qui l'aime. Les forces vives et persécutées comme le sont tous les bons.

On devine la suite. Le Dominicain psychopathe va torturer les juifs accusés d'avoir crucifié au moins deux prêtres, sans doute s'emparera-t-il de la sorcière, de ces potions et recettes diverses avant de mettre sur le grill l'évêque de Carpentras, son meilleur client.

Et il y aura une conclusion sur le mode : le dogmatisme est mauvais, les juifs sont les boucs émissaires, mais la vérité triomphe de l'erreur et le bien du mal etc...

A qui profite ce détournement de l'Histoire ?

Il y a certainement autre chose à faire en ces soirées estivales que d'avaler des couleuvres de cet acabit !

Commentaires

Je ne suis pas d'accord lorsque vous dites que l'Inquisition n'était pas active en France. Je pense aux "Cathares", je pense à Bernard Gui qui est l'inquisiteur le plus connu en France à travers ses oeuvres.

Je pense que si l'Inquisition a de bons côtés, le fait qu'elle reste obnubilée par les hérésies et la recherche de la vérité. Regardons simplement Jeanne D'arc ou bien encore le valdéisme, le catharisme, les sorcières etc... Toutes ces hérésies ont été condamnées entre le XIIème siècle et le XIVème siècle.

En outre si au début l'Inquisition n'est pas chargée du jugement c'est l'affaire de l'évêque (inquisition épiscopale), elle sera chargé de juger dès 1231. C'est à partir de là que l'Inquisition prend le sens qu'on lui donne généralement aujourd'hui.

Écrit par : GuillaumeM | 05/07/2012

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