12/12/2013

Le Pape, homme de l'année pour le "Time magazine"

Pope Francis Named Person of the Year By TIME

C'est donc le Pape François qui est élu « Person of the year » 1par le magazine Time. Pourquoi pas, dans le fond ? Il faut dire qu'au milieu de tous ces gougnafiers, le Saint père a une autre allure. Rien à voir avec ce potache mal dégrossi de François Hollande, le gamin bouffi et creux qui s'appelle Cameron ou Obama qui se verrait bien en super-star mais n'est qu'un pantin coloré pour épater la galerie. Bien sûr, des crapules patentées comme Netanyahou n'étaient pas dans la liste, manquerait plus que ça !
En quelques mois, ce bonhomme un peu replet, bien plus évêque de province que Souverain Pontife, a réussi à se faire une place dans le cortège des grands de ce monde. Il a changé le rythme du Vatican, le sortant d'une torpeur de notaire pour l'entraîner dans un courant d'air de réformes dont beaucoup de fidèles attendent du bien.
Et il est populaire ! Tous les commentateurs s'accordent pour vanter son charisme hors pair, sa simplicité, son approche pragmatique des problèmes du monde et de l'Eglise. C'est aussi un novateur dans le style. Finies les circonvolutions prudentes, il dit tout haut ce qu'il pense et ce qu'il dit n'est pas tout-à-fait dans le Nouvel Ordre Mondial ni la Nouvelle Morale Humaniste de nos excellences laïques.
Il a dénoncé le capitalisme libéraliste et réducteur, les guerres menées à-tout-va, les persécutions, les injustices, les inégalités scandaleuses. Il l'a fait posément, mais avec force.
Parmi les tâches difficiles qu'il devra aborder et léguer à son successeur tant elle sont énormes, il y a la déchristianisation de l'Europe occidentale. Et c'est là que nous aimerions le voir combatif.
La liberté de conscience, l'égalité des cultes sont des modernismes inacceptables pour toute âme chrétienne Nous avons reçu en grâce l'Evangile, ce n'est pas pour l'aligner sur n'importe quoi et dire que tout se vaut. Notre foi doit être prêchée avec fougue et sans concessions.
Ce n'est pas seulement religieux, mais essentiel. Notre système de valeurs en occident repose sur le christianisme, y toucher c'est faire basculer l'édifice. Nos ennemis le savent qui parlent de « révolution civilisationnelle », en débilitant sans cesse notre conception des valeurs.
En cassant la famille, en prônant des sophismes sur l'égalité des sexes, des hommes, en substituant aux commandements de Dieu les droits de l'homme, en faisant de ces derniers le nouvel évangile, en cassant délibérément les structures mentales héritées du passé, nos ennemis ne visent rien de moins que le renversement de toutes nos normes morales et spirituelles.
C'est pour défendre cet héritage que nous attendons d'un pape qu'il bénisse d'une main et que de l'autre il manie la crosse et remette les croyances à l'endroit après un Concile qui a déboussolé trop de monde dans la Curie et ailleurs.
Notre espérance est intacte, cela va de soi, nous, chrétiens, perdons des combats, mais, au final, nous gagnerons la guerre, cela étant, nous ne nous satisferons jamais de demi-mesures et encore moins de défaites.
C'est pourquoi, sous sa soutane blanche de Pontife, nous le voulons revêtu d'une armure. Et que le bâton du berger soit aussi l'épée du chevalier.
Ainsi soit-il !

FvD

1 On ne dit plus « man of the year », mais « person ». Ne pas froisser ces dames ...

02/04/2013

L'autre "Pape", celui de Constantinople

 

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Bartholomée I

C'est un chef religieux que l'on connaît peu en Occident, Sa Sainteté Bartholomée I, Archevêque de Constantinople, Nouvelle Rome, Patriarche œcuménique, soit en grec : Η Αυτού Θειοτάτη Παναγιότης ο Αρχιεπίσκοπος Κωνσταντινουπόλεως Νέας Ρώμης και Οικουμενικός Πατριάρχης Βαρθολομαίος Α'
Il est né Dimitrios Archontonis en 1940 dans l'île de Gökceada (Imvros en grec), en Turquie, il est citoyen turc, membre de ce qui reste de la communauté hellénique de ce pays. Il est le chef honorifique des trois cent millions d'orthodoxes dans le monde, un « primus inter pares » parmi les patriarches orthodoxes. Il vit à Constantinople (Istanbul) d'où il anime, conseille et représente les églises orthodoxes du monde entier. C'est un homme cultivé, polyglotte, dont le discours est clair, simple et structuré. Il dénonce dans le monde la disparité criante des richesses, leur scandaleuse concentration entre quelques mains, le règne de l'argent roi, l'exploitation de l'homme par l'homme, la haine que les humains cultivent à si bon compte, les discriminations qu'ils s'infligent mutuellement. Il condamne de même les concentrations de pouvoirs, les constructions politiques fictives qui conduisent à l'édification de « tour de Babel, dont on connaît l'inéluctable sort ». Il va plus loin : « la liberté de commerce ne peut justifier la liberté du crime, et la conduite criminelle va plus loin que celle qui est ainsi définie par le code pénal, ainsi en va-t-il de la confiscation, même légitime, de ce qui est vital pour vivre»

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Bartholomée plaide avec la même fougue pour la réconciliation des chrétiens. Il a reçu Benoît XVI à Constantinople, a été invité à Rome, vient d'assister à l'intronisation de François qu'il a de même invité chez lui pour la fête de Saint André. Il pense qu'il est temps d'en finir avec cette querelle dépassée entre orthodoxes et Latins et qu'avec un peu de bonne volonté les divergences, purement politiques entre les deux confessions, pourraient être surmontées.
Car c' est bien de politique qu'il s'agit. Il n'y a entre Latins et Orientaux aucune divergence théologique majeure. L'organisation des églises orthodoxes est solaire, toutes avec leur degré d'autonomie, se meuvent autour du Patriarcat de Constantinople. On pourrait fort bien imaginer une confédération entre Latins et Orientaux, chacun conservant ses particularités propres, les seconds reconnaissant une primauté d'honneur à l'évêque de Rome, Patriarche Latin, pourquoi pas ? Les chrétiens, d'Orient comme de Rome, ne peuvent plus se payer le luxe de querelles byzantines.
Les Latins pourraient s'inspirer des Orientaux qui admettent l'ordination des hommes mariés (mais pas le mariage des prêtres) et sont restés fidèles à la toute première théologie du mariage, celle qui permet le remariage après un éclatement du couple.
L'orthodoxie pourrait aussi donner à Rome une formidable leçon de ce que nous nommons un « progressisme traditionaliste ». Ainsi, les orthodoxes n 'ont en rien renoncé à leur liturgie, restent fidèles aux sept premiers conciles de l'Eglise et n'éprouvent pas le besoin d'en convoquer d'autres et s'ils professent la même morale sexuelle que les catholiques, ils ne se sentent pas investit du pouvoir de « pénétrer  dans les chambres à coucher des fidèles » pour reprendre l'expression de feu le Patriarche Athénagoras.
Bartholomée est de même fort sensible à l'écologie. Les Américains l'ont surnommé le « Pape vert » après son encyclique qualifiant de « péché » la destruction de la planète par l'activité de l'homme.
Le prélat est reçu dans toutes les capitales, récemment encore à l'Elysée. C'est un infatigable défenseur de la liberté religieuse, on le comprend, il exerce depuis un pays musulman à 98% dont la Constitution souligne le caractère laïque.
Cette laïcité turque (tout comme la française) est cependant un leurre. Elle garantit la liberté de culte mais pas la liberté religieuse ! La liberté de culte c'est permettre gentiment aux croyants de prier chez eux ou à l'église,et puis baste. Les Soviétiques reconnaissaient, eux aussi, la liberté de culte, c'est dire ! La liberté religieuse, c'est accorder aux croyants de s'impliquer dans la vie publique en tant que tels. Or, en Turquie la seule expression religieuse admise est celle de l'islam, les autres minorités confessionnelles doivent se taire. Ainsi en va-t-il pour le Patriarcat qui réclame depuis des années la réouverture du séminaire orthodoxe de Constantinople, mais en vain, malgré l'intervention du président Obama auprès de son homologue turc.
Les enragés du laïcisme à la française sont de mêmes les complices de l'étouffement de l'expression religieuse dans cette République dont la marque est la détestation privilégiée du christianisme.
Que deviendra le Patriarcat de Constantinople à l'heure où la communauté chrétienne dans cette ville et en Turquie n'est plus que symbolique ? Nul ne peut le prédire, mais c'est précisément à cette valeur de symbole qu'est attaché Bartholomée, qui fait que le Patriarcat est ce qui reste de l'Empire d'Orient, et c'est bien là toute sa grandeur.

FvD

A Rome, Bartholomée et Benôt récitent ensemble et en grec le symbole des Apôtres. On remarquera l'excellente prononciation du Pape de Rome.

28/12/2012

Un Jésus fort suspect à "L'Ombre d'un doute"

 

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L'enfer est pavé de bonnes intentions, dit le dicton. Prenons comme hypothèse que l'émission sur France 3, le 26 décembre dernier, « L'ombre d'un doute », consacrée à Jésus partait d'une bonne intention et, période de Noël aidant, allait réunir du monde autour de « l'énigme Jésus ».
Pour un croyant, Jésus n'est pas une énigme, mais une présence réelle, mais passons, ce type d'affirmation est purement gratuit.
L'émission en question s'attaque à une entreprise désespérée : retrouver, à travers les Évangiles, le Jésus historique. Et comme c'est impossible, c'est aussi perdu d'avance.
C'est que les Évangiles ne sont pas des livres historiques, mais des « midrash » purement juifs, c'est-à-dire des raccourcis théologiques qui, par images et suggestions, impriment dans la psyché de l'auditeur ou du lecteur le message théologique qu'ils contiennent.
Ainsi, Jésus est né à Bethléem (beit-lehem en hébreu, soit la maison du pain, de ce pain dont il fera au moment de la dernière Cène, sa chair offerte en ultime sacrifice). Il est placé dans une mangeoire, prémisse de cette chair offerte au monde en rémission des péchés etc... Autant d'images qui s'adressent à l'imaginaire et non pas à l'historien.
Facile, dès lors, pour les invités de l'émission d'élaborer des théories pressenties mais jamais étayées. C'est le cas pour Frédéric Lenoir qui, maître de la suggestion, la sème subtilement dans l'esprit de l'auditeur. Quant à Gérald Méssadié, son ridicule « Jésus, l'homme qui devint Dieu » relève plus du roman que de l'exégèse ou de l'histoire.
Alors, faut de mieux, les réalisateurs de l'émission reprennent les vieilles historiettes qui circulent ça et là et que rien ne prouve tant il est vrai que de Jésus nous ne savons grand-chose, voire pratiquement rien.
Jésus, sa vie et son œuvre, relèvent plus du monde imaginal que du monde des phénomènes. Le monde imaginal, rappelons-le est, d'après la définition de son concepteur, Henry Corbin, ce monde « qui n’est ni le monde empirique des sens ni le monde abstrait de l’intellect », un monde qui, d'une part, immatérialise les Formes sensibles, et, d’autre part, « imaginalise » les formes intelligibles auxquelles il donne figure et dimension.

Jésus devait donc naître d'une vierge (Eugen Drewerman illustre parfaitement ce thème dans « La parole qui guérit (Le Cerf 1991), accomplir des « sémeia kai thaumata » (signes et choses merveilleuses, en grec) et non pas des « miracles, comme mal traduit en français.1
L’aveugle qui recouvre la vue, est une image de l'homme qui, désormais, par l'intercession de Jésus,
voit clair, le paralytique est celui qui a le courage de se lever et de marcher droit, Lazare ressuscité est la promesse vivante de la résurrection à venir, mais aussi de l'homme nouveau qui n'est pas né de la chair et du sang, mais de l'Esprit2, et ainsi de suite. Images qui, mieux que les plus ardus des traités de théologie, s'adressent à la grande masse de l'humanité qui souffre et espère.
Que nous importe que Jésus ait été ou non disciple des Esséniens à propos desquels on en sait encore moins que lui. Qu'il ait eut ou non des frères et des sœurs, des cousins des cousines, que Marie de Magdala était Marie de Béthanie ou plutôt le contraire. Que sa mère était très jeune (assurément!) et son père « trop vieux ». Toutes ces conjectures n'apportent et ne retranchent rien à ce fait extraordinaire qui a bouleversé le monde : le christianisme !
Et là, tout prouve que quelque chose d'exceptionnel, d'unique même, s'est déroulé dans ce coin du monde qu'était la Judée-Samarie-Galilée du temps de Jésus. Sans doute à ce point hors du commun que le décrire serait impossible3
On ne s'improvise pas comme ça exégèse de textes écrits en grec hellénistique dont le substrat est araméen voire hébreu, on analyse pas en amateur les subtiles relations entre Judéens et Galiléens. On ne se fait pas supplétif de l'Histoire en quelques minutes.
Et surtout, quand on ne sait pas, on se tait !

1 « Sèmeia kai thaumata » est traduit « mirabilia » en latin et, fatigue du traducteur, « miracle » en français.

2 A ce propos, voir Jean 3.3 quand Il dit à Joseph d'Arimathie qu'il faut « renaître » pour vivre.

3 Final de l'Evangile de Jean : Jésus a fait beaucoup d'autres choses. Si on les écrivait une à une, le monde, je pense, ne pourrait pas contenir tous les livres qu'on écrirait.

FvD