02/04/2013

L'autre "Pape", celui de Constantinople

 

Bartholomée I.jpg

Bartholomée I

C'est un chef religieux que l'on connaît peu en Occident, Sa Sainteté Bartholomée I, Archevêque de Constantinople, Nouvelle Rome, Patriarche œcuménique, soit en grec : Η Αυτού Θειοτάτη Παναγιότης ο Αρχιεπίσκοπος Κωνσταντινουπόλεως Νέας Ρώμης και Οικουμενικός Πατριάρχης Βαρθολομαίος Α'
Il est né Dimitrios Archontonis en 1940 dans l'île de Gökceada (Imvros en grec), en Turquie, il est citoyen turc, membre de ce qui reste de la communauté hellénique de ce pays. Il est le chef honorifique des trois cent millions d'orthodoxes dans le monde, un « primus inter pares » parmi les patriarches orthodoxes. Il vit à Constantinople (Istanbul) d'où il anime, conseille et représente les églises orthodoxes du monde entier. C'est un homme cultivé, polyglotte, dont le discours est clair, simple et structuré. Il dénonce dans le monde la disparité criante des richesses, leur scandaleuse concentration entre quelques mains, le règne de l'argent roi, l'exploitation de l'homme par l'homme, la haine que les humains cultivent à si bon compte, les discriminations qu'ils s'infligent mutuellement. Il condamne de même les concentrations de pouvoirs, les constructions politiques fictives qui conduisent à l'édification de « tour de Babel, dont on connaît l'inéluctable sort ». Il va plus loin : « la liberté de commerce ne peut justifier la liberté du crime, et la conduite criminelle va plus loin que celle qui est ainsi définie par le code pénal, ainsi en va-t-il de la confiscation, même légitime, de ce qui est vital pour vivre»

bartholomée et Benoît.jpg

Bartholomée plaide avec la même fougue pour la réconciliation des chrétiens. Il a reçu Benoît XVI à Constantinople, a été invité à Rome, vient d'assister à l'intronisation de François qu'il a de même invité chez lui pour la fête de Saint André. Il pense qu'il est temps d'en finir avec cette querelle dépassée entre orthodoxes et Latins et qu'avec un peu de bonne volonté les divergences, purement politiques entre les deux confessions, pourraient être surmontées.
Car c' est bien de politique qu'il s'agit. Il n'y a entre Latins et Orientaux aucune divergence théologique majeure. L'organisation des églises orthodoxes est solaire, toutes avec leur degré d'autonomie, se meuvent autour du Patriarcat de Constantinople. On pourrait fort bien imaginer une confédération entre Latins et Orientaux, chacun conservant ses particularités propres, les seconds reconnaissant une primauté d'honneur à l'évêque de Rome, Patriarche Latin, pourquoi pas ? Les chrétiens, d'Orient comme de Rome, ne peuvent plus se payer le luxe de querelles byzantines.
Les Latins pourraient s'inspirer des Orientaux qui admettent l'ordination des hommes mariés (mais pas le mariage des prêtres) et sont restés fidèles à la toute première théologie du mariage, celle qui permet le remariage après un éclatement du couple.
L'orthodoxie pourrait aussi donner à Rome une formidable leçon de ce que nous nommons un « progressisme traditionaliste ». Ainsi, les orthodoxes n 'ont en rien renoncé à leur liturgie, restent fidèles aux sept premiers conciles de l'Eglise et n'éprouvent pas le besoin d'en convoquer d'autres et s'ils professent la même morale sexuelle que les catholiques, ils ne se sentent pas investit du pouvoir de « pénétrer  dans les chambres à coucher des fidèles » pour reprendre l'expression de feu le Patriarche Athénagoras.
Bartholomée est de même fort sensible à l'écologie. Les Américains l'ont surnommé le « Pape vert » après son encyclique qualifiant de « péché » la destruction de la planète par l'activité de l'homme.
Le prélat est reçu dans toutes les capitales, récemment encore à l'Elysée. C'est un infatigable défenseur de la liberté religieuse, on le comprend, il exerce depuis un pays musulman à 98% dont la Constitution souligne le caractère laïque.
Cette laïcité turque (tout comme la française) est cependant un leurre. Elle garantit la liberté de culte mais pas la liberté religieuse ! La liberté de culte c'est permettre gentiment aux croyants de prier chez eux ou à l'église,et puis baste. Les Soviétiques reconnaissaient, eux aussi, la liberté de culte, c'est dire ! La liberté religieuse, c'est accorder aux croyants de s'impliquer dans la vie publique en tant que tels. Or, en Turquie la seule expression religieuse admise est celle de l'islam, les autres minorités confessionnelles doivent se taire. Ainsi en va-t-il pour le Patriarcat qui réclame depuis des années la réouverture du séminaire orthodoxe de Constantinople, mais en vain, malgré l'intervention du président Obama auprès de son homologue turc.
Les enragés du laïcisme à la française sont de mêmes les complices de l'étouffement de l'expression religieuse dans cette République dont la marque est la détestation privilégiée du christianisme.
Que deviendra le Patriarcat de Constantinople à l'heure où la communauté chrétienne dans cette ville et en Turquie n'est plus que symbolique ? Nul ne peut le prédire, mais c'est précisément à cette valeur de symbole qu'est attaché Bartholomée, qui fait que le Patriarcat est ce qui reste de l'Empire d'Orient, et c'est bien là toute sa grandeur.

FvD

A Rome, Bartholomée et Benôt récitent ensemble et en grec le symbole des Apôtres. On remarquera l'excellente prononciation du Pape de Rome.

28/12/2012

Un Jésus fort suspect à "L'Ombre d'un doute"

 

Christ pantocrator.png

L'enfer est pavé de bonnes intentions, dit le dicton. Prenons comme hypothèse que l'émission sur France 3, le 26 décembre dernier, « L'ombre d'un doute », consacrée à Jésus partait d'une bonne intention et, période de Noël aidant, allait réunir du monde autour de « l'énigme Jésus ».
Pour un croyant, Jésus n'est pas une énigme, mais une présence réelle, mais passons, ce type d'affirmation est purement gratuit.
L'émission en question s'attaque à une entreprise désespérée : retrouver, à travers les Évangiles, le Jésus historique. Et comme c'est impossible, c'est aussi perdu d'avance.
C'est que les Évangiles ne sont pas des livres historiques, mais des « midrash » purement juifs, c'est-à-dire des raccourcis théologiques qui, par images et suggestions, impriment dans la psyché de l'auditeur ou du lecteur le message théologique qu'ils contiennent.
Ainsi, Jésus est né à Bethléem (beit-lehem en hébreu, soit la maison du pain, de ce pain dont il fera au moment de la dernière Cène, sa chair offerte en ultime sacrifice). Il est placé dans une mangeoire, prémisse de cette chair offerte au monde en rémission des péchés etc... Autant d'images qui s'adressent à l'imaginaire et non pas à l'historien.
Facile, dès lors, pour les invités de l'émission d'élaborer des théories pressenties mais jamais étayées. C'est le cas pour Frédéric Lenoir qui, maître de la suggestion, la sème subtilement dans l'esprit de l'auditeur. Quant à Gérald Méssadié, son ridicule « Jésus, l'homme qui devint Dieu » relève plus du roman que de l'exégèse ou de l'histoire.
Alors, faut de mieux, les réalisateurs de l'émission reprennent les vieilles historiettes qui circulent ça et là et que rien ne prouve tant il est vrai que de Jésus nous ne savons grand-chose, voire pratiquement rien.
Jésus, sa vie et son œuvre, relèvent plus du monde imaginal que du monde des phénomènes. Le monde imaginal, rappelons-le est, d'après la définition de son concepteur, Henry Corbin, ce monde « qui n’est ni le monde empirique des sens ni le monde abstrait de l’intellect », un monde qui, d'une part, immatérialise les Formes sensibles, et, d’autre part, « imaginalise » les formes intelligibles auxquelles il donne figure et dimension.

Jésus devait donc naître d'une vierge (Eugen Drewerman illustre parfaitement ce thème dans « La parole qui guérit (Le Cerf 1991), accomplir des « sémeia kai thaumata » (signes et choses merveilleuses, en grec) et non pas des « miracles, comme mal traduit en français.1
L’aveugle qui recouvre la vue, est une image de l'homme qui, désormais, par l'intercession de Jésus,
voit clair, le paralytique est celui qui a le courage de se lever et de marcher droit, Lazare ressuscité est la promesse vivante de la résurrection à venir, mais aussi de l'homme nouveau qui n'est pas né de la chair et du sang, mais de l'Esprit2, et ainsi de suite. Images qui, mieux que les plus ardus des traités de théologie, s'adressent à la grande masse de l'humanité qui souffre et espère.
Que nous importe que Jésus ait été ou non disciple des Esséniens à propos desquels on en sait encore moins que lui. Qu'il ait eut ou non des frères et des sœurs, des cousins des cousines, que Marie de Magdala était Marie de Béthanie ou plutôt le contraire. Que sa mère était très jeune (assurément!) et son père « trop vieux ». Toutes ces conjectures n'apportent et ne retranchent rien à ce fait extraordinaire qui a bouleversé le monde : le christianisme !
Et là, tout prouve que quelque chose d'exceptionnel, d'unique même, s'est déroulé dans ce coin du monde qu'était la Judée-Samarie-Galilée du temps de Jésus. Sans doute à ce point hors du commun que le décrire serait impossible3
On ne s'improvise pas comme ça exégèse de textes écrits en grec hellénistique dont le substrat est araméen voire hébreu, on analyse pas en amateur les subtiles relations entre Judéens et Galiléens. On ne se fait pas supplétif de l'Histoire en quelques minutes.
Et surtout, quand on ne sait pas, on se tait !

1 « Sèmeia kai thaumata » est traduit « mirabilia » en latin et, fatigue du traducteur, « miracle » en français.

2 A ce propos, voir Jean 3.3 quand Il dit à Joseph d'Arimathie qu'il faut « renaître » pour vivre.

3 Final de l'Evangile de Jean : Jésus a fait beaucoup d'autres choses. Si on les écrivait une à une, le monde, je pense, ne pourrait pas contenir tous les livres qu'on écrirait.

FvD

27/12/2012

Benoît XVI plus proche de Poutine que de Hollande et l'OTAN

Pape1.jpg

En stigmatisant, la veille de Noël, l’instrumentalisation de la religion (qui peut, dit-il, devenir « malade quand l’homme pense devoir prendre lui-même en main la cause de Dieu » ) Benoît XVI visait à l’évidence les fondamentalistes islamistes à l’oeuvre en Syrie (et en Irak, en Égypte, en Tunisie, au Yémen et ailleurs).

En laissant son porte-parole pour les affaires humanitaires, le cardinal Robert Sarah, dire, mardi, que l’Église s’opposait fermement à toute intervention militaire qui rappellerait « ce qui s’est passé en Irak, en Libye, en Côte d’Ivoire », opérations dont le Vatican souhaite qu’elles « ne se répètent plus », le pape lançait clairement une condamnation morale – mais aussi du coup politique – sur les Atlantistes de Washington, Londres et Paris.
Et en plaidant, ce même mardi 25 décembre, à l’occasion de sa traditionnelle bénédiction « à la Ville et au Monde » , pour que « par le dialogue, soit recherchée une solution politique au conflit syrien » , le Saint-Père infligeait un désaveu implicite aux jusqu’au-boutistes de l’opposition syrienne. Car Benoît XVI n’a réclamé le départ de personne en Syrie, juste le dialogue entre hommes de bonne volonté. Ce qui rapproche, ou même assimile la position du chef spirituel des catholiques à celle défendue depuis des mois par Poutine et la Russie.
À sa façon feutrée, disons « apolitique », que certains sur ce site lui reprochent, Benoït XVI, que préoccupe à bon droit la situation des 1 800 000 chrétiens de Syrie, a nettement pris position. Contre le bellicisme des atlantistes. Contre le fanatisme de la plupart des rebelles. Contre l’intransigeance des opposants radicaux entretenus par le Qatar. Au fond, certains anti-impérialistes et amis de la Syrie réelle lui ont un peu rapidement fait le procès que d’autres, pour d’autres raisons, ont fait et font encore à Pie XII sur sa « passivité » pendant la deuxième guerre mondiale. Mais Pie XII, qui ne pouvait provoquer frontalement la colère des nazis, a discrètement mais concrètement aidé les juifs, ou des juifs, en Italie et ailleurs. Aujourd’hui son successeur ne prend pas de front les néoconservateurs d’Occident et les pétro-monarques du Golfe, mais il donne de la voix contre l’extrémisme religieux et l’interventionnisme, dont chacun sait de quel côté ils se trouvent dans le conflit syrien.

Brahimi rencontre l’opposition intérieure et modérée

Nous parlions d’hommes de bonne volonté. L’émissaire de l’ONU Lakhdar Braghimi, qui s’était entretenu avec Bachar al-Assad lundi, a rencontré mardi à Damas des représentants de l’opposition, intérieure, patriotique et modérée, du Comité de Coordination pour le Changement démocratique (CCND). À l’issue, Raja al-Nasser, secrétaire du bureau exécutif du CCCND, s’est félicité que M. Brahimi puisse rencontrer, jusqu’à dimanche, des responsables syriens, et il a dit qu’il y avait « grand espoir que cela aboutisse à des accords ou des avancées positives ». Ce qui est déjà une « avancée positive« , c’est que l’AFP apprenne enfin à ses lecteurs et clients qu’il existe en Syrie une autre opposition que celle logée au Caire, à Ankara ou à Doha. Et explique que le CCND, surtout connu en France par la figure médiatique de Haytham Manaa, regroupe « des partis nationalistes arabes, kurdes, socialistes et marxistes ». Autant de gens « tolérés par le pouvoir syrien » ajoute l’AFP. De quoi perturber 5 minutes le préposé à la désinformation de France 24, d’I-Télé ou de BFMTV qui croyait qu’en Syrie l’opposition se résumait à des barbus djihadistes, et des bobos exilés.
On parle – le Figaro notamment – d’un accord secret ou discret intervenu entre Moscou et Washington sur la constitution d’un gouvernement e transition sous l’autorité nominale de Bachar al-Assad, lequel resterait au pouvoir jusqu’au terme de son mandat en 2014, mais sans pouvoir alors se représenter au suffrage des Syriens. C’est de ce plan que Brahimi aurait entretenu l’intéressé, mais aussi ses interlocuteurs du CCCND. Sur le départ de Bachar en 2014, on objectera que c’est quand même aux Syriens, par référendum ou scrutin présidentiel, d’en décider. Mais on notera que si cette information est vraie, c’est plutôt Washington qui a rejoint Moscou que le contraire. Et que l’Europe, c’est-à-dire, sur ce dossier, essentiellement la France et la Grande Bretagne, se retrouve isolée, en attendant d’être pathétique.
En tout cas les efforts de Brahimi lui ont valu une volée de bois vert de la part de l’opposition made in Qatar, de la « Coalition nationale » aux Frères musulmans en passant par les Comités locaux de coordination, qui naguère organisaient en Syrie les défilés du vendredi contre le gouvernement. Tout ce beau monde s’en tient à son exigence du départ, volontaire ou forcé, du gouvernement syrien, et ne veut donc pas entendre parler de gouvernement de transition, de dialogue, ni donc de paix. Encore une fois, cette attitude, qui n’a rien de nouvelle, risque de devenir embarrassante pour Hollande/Fabius et Camern/Hague, surtout si les Américains lâchent du lest.

Quand Lavrov rit carrément au nez des Occidentaux

À propos d’opposition radicale, le Conseil de Coopération du Golfe, fédération de pétro-souverains autocrates et fondamentalistes s’en est pris non seulement à Bachar al-Assad, qui tarde décidémment à passer la main, mais à son véritable « ennemi public n°1 », l’Iran, qu’ils accusent d’« ingérence » dans leurs affaires internes. En clair, les Golfeux voient la main de Téhéran dans la révolte des chiites du Bahrein conte leur monarque sunnite : mais ce n’est pas la faute des Iraniens si les 70 % de chiites du Bahrein ont le sentiment d’être traités en citoyens de seconde zone par l’oligarchie locale, qui n’a dû son maintien en 2011 qu’à l’intervention militaire des Séoudiens. Le CCG a aussi dénoncé l’occupation iranienne de trois petites îles revendiqués par les Émirats arabes unis. Bref un ton martial qui masque une certaine impuissance : car armer et payer des mercenaires en Syrie est une chose, faire la guerre à l’Iran en est une autre.
Et à propos d’impuissance et de jactance, il nous faut revenir sur l’ironie cinglante – et parlante – de Sergueï Lavrov, samedi dernier. Le chef de la diplomatie russe a lâché, sur le ton de la (fausse) confidence) aux journalistes un nouvelle « petite phrase » sur la Syrie : « Je peux vous dire que personne ne brûle manifestement d’intervenir (en Syrie). On a même l’impression qu’ils (les pays occidentaux) prient le ciel que la Russie et la Chine ne cessent de bloquer une intervention extérieure (…) personne n’étant prêt à agir, du moins pour le moment. »
Pour se moquer aussi ouvertement des gesticulations et poses occidentales, Lavrov doit être vraiment très sûr de lui. En tous cas, on voit quel crédit il faut apporter aux différents sommets des « Amis de la Syrie » organisés à grands frais et grand brouhaha médiatique par la Sainte-Alliance des atlantistes et des islamistes. Du vent, du bruit, produits par des impuissants. Et, si l’on en croit Lavrov, des Tartuffe.

source: infosyrie.fr

08:45 Écrit par Friedrich von Dittersdorf dans politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : christianisme, géo-politique, syrie, moyen-orient, vatican, international |  Facebook |