04/05/2014

Reza Azlan et son "Zélote" de Jésus

Reza Aslan durante festival de livro em Edimburgo, em 2005 (foto: Pascal Saez/Associated Press)

Monsieur Reza Aslan

Monsieur Reza Aslan est citoyen des Etats-Unis, professeur de « creative writing »1 dans une université de Californie, c'est un homme cultive, posé, sympathique et très calme quand une journaliste inculte, Lauren Green2, lui demande sur Fox News comment un musulman « ose » écrire sur Jésus.
C'est que monsieur Aslan, d'origine iranienne et musulman chiite, comme son patronyme l'indique, est, depuis vingt ans, passionné par le personnage Jésus. Le christianisme est la religion de sa femme (à qui il dédie fort élégamment son opus) et sa propre mère s'est convertie au christianisme. Reza Aslan, à travers les Évangiles, le Nouveau-Testament et les écrits des premiers temps a tenté de reconstituer le « Jésus historique », l'homme qui est au départ du christianisme, soit du « Jésus-Christ ». La tâche n'est pas aisée, il en convient lui-même dans l'introduction : reproduire le Jésus historique, c'est reproduire un puzzle dont la majorité des pièces a disparu. Avant lui, d'autres, comme Ernest Renan s'y étaient attelé avec plus ou moins de succès. Le résultat c'est « Le Zélote » (éditions Les Arènes), livre dans lequel Reza Aslan dépeint Jésus comme un meneur juif, opposé aux prébendes et passe-droit des prêtres et lévites du Temple de Jérusalem, un défenseur des opprimés qui dénonce la main-mise du clergé sur le peuple et sa collaboration avec l'occupant romain et veut restaurer le « royaume de Dieu » qui, contrairement à l'Evangile, est bien de ce monde.
Pour étayer sa thèse, monsieur Aslan, décortique les textes du Nouveau Testament un à un, il fait longuement appel à Flavius Josèphe, le témoin juif (hellénisé) du premier siècle et aux Pères de l'Eglise. Le Jésus qui apparaît à travers ses lignes est bien ancré dans le monde juif d'une époque trouble, marquée par l'occupation romaine, les conflits entre prêcheurs itinérants, dont Jésus, et les autorités du Temple de Jérusalem.

Pour monsieur Aslan, Jésus est avant tout juif. Il n'est pas venu pour abolir la Loi de Moïse, mais l'accomplir, ce qui est aussi rapporté par l'Evangile, il veut mettre à bas le monopole du clergé sur l'administration du Temple, réconcilier tous les juifs vivants en Palestine (cfr. Les Samaritains), chasser les collaborateurs des Romains, les Hérode et autres nantis dégénérés pour instaurer, non pas un royaume, mais une théocratie. Le portrait qu'il trace de Jésus est celui d'un homme animé d'une foi passionnée qui le porte à toutes les outrances, violentes souvent, pour dénoncer le pouvoir des prêtres. Ce qui le conduira à la mort. Jésus n'a jamais songé à fonder une religion nouvelle, ouverte à tous et même aux païens, son apostolat met l'accent (comme celui de Jean le Baptiste) sur la repentance et le retour aux sources mêmes de la foi, qui sont, toutes, juives.
Son livre est intéressant, bien écrit, plus à la manière d'un roman que d'un essai, documenté et sans parti-pris. Il nous éclaire sur des personnages que nous connaissons moins, comme Jacques, le « frère de Jésus », dont nous apprenons qu'il était de facto le premier « pape » de la chrétienté. Sur l'apôtre Paul, ce Romain naturalisé, parlant grec et latin, pas vraiment en odeur de sainteté à Jérusalem et qui sera , lui, le véritable promoteur du christianisme universel chez les gréco-romains et le père de ce qui allait s'imposer comme la religion de l'empire.
Tout cela était bien connu avant monsieur Aslan. Que nous ne sachions pas grand chose de Jésus, le Galiléen, ne changera rien au christianisme. Que nous importe de subodorer que Jésus n'est pas né à Bethléem (fort probable), qu'il avait des frères et des sœurs, qu'il ne parlait pas hébreu et baragouinait mal le grec, qu'il était peut-être marié, qu'il n'a sans doute jamais comparu devant Ponce Pilate (qui avait d'autres chats à fouetter que d'écouter un prêcheur illuminé), toutes ces interrogations ne changeront pas d'un iota le christianisme qui fait de Jésus le Christ, l'incarnation de Dieu qui a pris sur lui les péchés du monde et les a rédimés par son sacrifice sur la croix. C'est ça le christianisme et non pas la personne d'un Galiléen, disciple de Jean-le Baptiste, qui a repris le flambeau après l'exécution de ce dernier. Les silences des Évangiles, le parti-pris des Actes des Apôtres, l'absence de témoignages divers et variés de cette époque sont des vides historiques mais n'influent guère sur la foi. La foi et l'Histoire font deux.
Le Jésus de monsieur Aslan est un personnage attachant mais réduit à la Palestine et au judaïsme. Il est le messie des juifs, pas le Sauveur de toutes les âmes, pas le «  Dieu, né de Dieu, Lumière, né de la Lumière, vrai Dieu, né du vrai Dieu » (Credo de Nicée).
Faut-il avec Saint Paul rappeler que :
Et si le Christ n'est pas ressuscité, notre message est sans objet, et votre foi est sans objet (1Corinthiens, 14) ?
N'empêche, le livre de monsieur Aslan vaut la peine d'être lu. Pour reprendre la quatrième de couverture :
Si vous êtes croyant, vous ne perdrez pas la foi. Mais vous apprendrez beaucoup. Si vous êtes athée, vous ne serez pas touché par la grâce, mais vous percerez les secrets d'une histoire millénaire. (Los Angeles Times)

FvD

1 Il est docteur en sociologie.

 

2 Voir : https://www.youtube.com/watch?v=Jt1cOnNrY5s

21/04/2014

Christianisme et violence

jésus-marchands.jpg

 

Le christianisme est aussi révolutionnaire que l’islam et même plus violent dans son énoncé.
Difficile à croire ?
Imaginez qu’une secte religieuse se développe dans nos banlieues. Qu’elle adore comme dieu un inconnu guillotiné voici cinquante ans. Qu’elle déclare qu’il est plus facile à un chameau de passer par le chas d’une aiguille que pour un riche aller au paradis. Qu’elle maudisse les riches et les prêtres et les théologiens. Qu’elle voue les classes dirigeantes et leurs obligés, les bourgeois et nantis, aux gémonies. Qu’elle fasse passer les pauvres, les immigrés, les déshérités avant tout le monde et proclame haut et fort que les derniers seront Les premiers. Qu’elle instaure la chasteté comme règle et le mariage comme remède contre la concupiscence.
Vous diriez quoi ?
Ce que Tacite disait de cette « secte juive » : abominable !
Prenons cette injonction incroyable du Nouveau Testament : « Qui ne hait pas et son père et sa mère et ses frères et ses sœurs… celui-là n’est pas digne d’être mon disciple".
Autre passage : « Je ne suis pas venu apporter la paix mais le glaive ».
Que penser de ça ?
Jésus vient pour « accomplir » la loi mosaïque. Il le dira plusieurs fois. Ce qui importe, ce n’est pas la Loi, ce qui importe c’est le salut. Le salut passe-t-il par l’observance stricte de la Loi ? Non ! C’est ce qui est dans le cœur qui importe. La quintessence de la Loi est de ne plus être Loi, de se dissoudre dans le cœur de l’adepte. Croire ce n’est pas observer la Loi. Le Centurion romain n’était pas juif, la samaritaine l’était si peu. La loi est le rideau, le christianisme la scène que dévoile le rideau quand les trois coups retentissent.
Pour aimer, il faut savoir haïr. Aimer-haïr sont comme le Ying et la Yang. L’un et l’autre. L’autre et l’un. Haïr son père et sa mère c’est haïr son habit social, son apparence, son identité imposée, il faut mourir à cette identité, dénier l’autre pour renaître à l’Autre, rejeter le réel pour le Réel. Et pour tuer son identité héritée il faut le glaive et non pas la Loi, et user du glaive ce n’est pas la paix, c’est la guerre (djihad). User du glaive pour tuer en nous tout ce qui est facile, reconnaissable, rassurant. Jésus ne nous appelle pas à l’assurance ni à la stabilité, il nous demande de nous dépouiller de la peau du « vieil homme » et ce dépouillement est violent et douloureux. Comme un enfantement qui fait du croyant ce enfant promis pour le Royaume.
La théologie chrétienne ira encore beaucoup plus loin dans cette exploration de la violence. En déifiant Jésus elle opère une narration psychologique dé-constructive. Au sacrifice avorté d’Isaac, fils d’Abraham, elle substitue le sacrifice du fils de Dieu lequel inaugure un nouveau temps traumatique. Le traumatisme initial, celui de la faute originelle, est effacé dans le sang de la croix qui devient nouvelle référence et nouveau témoignage. Le christianisme n’est pas – à la différence de religions pré-chrétiennes – une sagesse, c’est une croyance en Christ, individu mortel et temporel. La temporalité du Christ-homme s’identifie à l’éternité du Christ-Dieu. Temps et Eternité se rencontrent en sa personne. Et c’est là, précisément que l’on peut dire que le christianisme est une religion d’amour. En amour l’objet fini et temporel vaut plus que tout et la conversion est un événement temporel qui change l’éternité. La conversion authentique permet à chacun de se recréer soi-même, c’est-à-dire de répéter cet acte et donc de changer les effets de l’éternité elle-même.
Changer le temps, c’est abolir ce qu’il y avait avant le « nouveau temps » et cette abolition se doit d’être totale : « Il n’y a plus de Grecs, de Romains, d’hommes ou de femmes… » comme le dira Paul. La perspective est éclairée par un temps-éternité nouveau, inconciliable pour les fantômes du temps-avant. Il n’y a plus de fantômes, il n’y a plus qu’une Présence éternelle qui contracte ce qui reste comme temps-éternité pour n’en faire qu’un Présent tant il est vrai que l’éternité n’est que par rapport au temps et vice-versa.
Christ n’est pas mort « in illo tempore », il ne cesse de mourir ni de ressusciter tout comme le chrétien ne cesse de témoigner.
C’est dans cette distorsion du temps que réside la violence du christianisme qui ainsi annihile la notion antique de l’Absolu et du relatif. Dans le christianisme l’Absolu devient relatif pour que le relatif devienne Absolu. Dès lors il y a implosion de l’un comme de l’autre.
Fragile Absolu !

 

10/03/2014

Un Carême de lumière

 

Jésus au désert, repoussant l'Adversaire

Depuis mercredi dernier, celui des Cendres, le Carême a commencé. Vos médias ne l'ont pas annoncé, comme ils vous annonceront, avec tambours et trompettes le prochain Ramadan qui débutera aux alentours du 28 juin à venir. Bien entendu, aucun ministre, certainement pas celui des Cultes, le névropathe Valls, ne réservera une adresse quelconque à ce moment privilégié de la vie du Chrétien et à la télévision, pas de « Nuits du carême » en prélude aux « Nuits du Ramadan ».
Après tout, le croyant s'en fout, il n'a pas besoin d'annonces, de déclarations, de témoins, il est temps de réflexion, de retour, de pause et d'abstinence. Une traversée d'un désert fertile à qui sait le traverser de puits en puits et regarder dans les yeux l'Adversaire qui l'épie de son œil enflammé.
La vie n'est pas une course qui n'en finit pas, une compétition où, à chaque instant, il faut se dépasser pour quelques gloires éphémères sur un podium de pacotille et puis recommencer. Il n'est pas, dans l'agitation du monde moderne, seyant de s'arrêter, marquer le temps et vivre une syncope comme diraient les musiciens. Cela n'est pas rentable, la gesticulation est de mise et tant pis si ses moulinets compulsifs ne remuent que du vent.
Se retirer est devenu un luxe hors de portée du brave homme qui doit se lever le matin, supporter les transports en commun, le boulot qui n'a plus rien de noble, rentrer chez lui et se farcir la débilitante télévision, les perversions et les sophismes qui vont avec.
Et pourtant, plaise au Ciel que nous puissions chacun trouver, de ci ou delà, cinq minutes de retraite, de « ressourcement » comme disent les branchés. Ce n'est que dans le silence que l'on peut s'écouter soi-même et le Soi qui nous habite. C'est dans le dépouillement que l'on jauge de la valeur des gens et des choses, et c'est dans les ténèbres que l'on reçoit la vraie lumière, celle « qui éclaire tout homme venant dans ce monde ».
Il y a des élections en vue, des crises dans le monde, des avions qui s'écrasent, des guerres larvées, des déclarations diverses et variées, des bruits de bottes, des cris d'enfants, des pleurs, des rires, des ricanements, des bottes qui frappent le pavé, des pneus qui crissent, et des gens qui prient.

FvD