10/01/2014

Dieudonné: la "victoire" de Valls qui ébranle la démocratie

 manolo-valls

Monsieur le ministre Valls a remporté une victoire, mais une victoire à la Pyrrhus. L'arrêt du Conseil d’État, statuant en référé avec juge unique, sera peut-être retoquée quand le Conseil au complet se prononcera sur le fond de l'affaire et si, contre toute attente, ce ne devrait pas être le cas, il restera la Cour Européenne des Droits de l'Homme où l'arrêt du Conseil d’État ne tiendra pas. La France est déjà classée 3e pour les atteintes à la liberté d'expression, avec 25 condamnations, devant la Russie.
Juridiquement, l'arrêt en cause marque un tournant capital dans notre conception de l'exercice de la liberté d'expression. Désormais, si les autorités en place estiment que ce que vous allez dire, faire, montrer ou suggérer peut constituer un trouble à l'ordre public, vous êtes préventivement interdit de le faire. Le Conseil d’État admet en effet que si un ministre de l'Intérieur estime que ce que vous allez dire va porter atteinte à la dignité de la personne humaine, il peut vous interdire de le dire. Nous sommes maintenant dans un régime préventif de la liberté d'expression, et c'est une boîte de Pandore qui est ouverte. Dans son ordonnance, le Conseil d’État souligne que "l'exercice de la liberté d'expression est une condition de la démocratie". Et quelques lignes plus loin, il commet un attentat contre cette liberté d'expression.
Voilà pour le volet juridique qui reste à suivre.
Le volet politique est encore plus explosif.Dans notre conception de l'exercice du pouvoir, un ministre est ministre de la République, c'est-à-dire qu'il se consacre à l'ensemble du corpus social. Un ministre n'est pas ministre socialiste, de droite, du centre ou d'ailleurs, il l'est de tous. En se focalisant sur un humoriste dont personne ne parlait, un homme par ailleurs interdit de facto d'antenne et de télévision, le ministre sort de son rôle, il redevient militant politique et cela ne se fait pas. En s'obstinant à interdire a-priori des spectacles, contrairement à la tradition française en la matière, le ministre devient un fossoyeur de cette république qu'il prétend défendre. On n'est pas loin des dérives fascisantes ou franquistes dont ce ministre se rappelle sans doute.
Et que dire de ce « service » qu'il rend à la communauté juive dont il se dit « éternellement lié » par sa femme, sinon que le retour de manivelle ne tardera pas ? Que beaucoup désormais croiront dur comme fer que la puissance de la communauté juive en France est capable d'ébranler les fondements mêmes de la République. Bravo, il en faut moins pour que l'antisémitisme reprenne force et vigueur.
Une étape désormais est franchie. Nous savons qu'ils s'en trouve qui feront fi des principes du droit, de la Constitution et du bon sens tout court pour imposer leur conception de la liberté d'expression. Nous ne sommes plus en fascisme mou !

FvD

 

08:32 Écrit par Friedrich von Dittersdorf dans politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dieudonné, valls, conseil d'état, liberté d'expression, ps, france, lobby juif |  Facebook |

09/01/2014

Avec l’affaire Dieudonné, c’est l’hystérie pour tous !

magritte.jpgToute cette affaire va se terminer avec un entonnoir sur la tête. Le délire collectif a encore passé un clic. On vient d’apprendre que deux lycéens d’un lycée de Montgeron dans l’Essonne ont été mis en garde à vue lundi soir, l’un ayant, en décembre dernier, posé face à l’objectif de l’autre en position « quenelle » devant un ananas.
Dénonciation d’un petit camarade puis plainte immédiate d’un professeur. Pourtant, sans trop s’avancer, on peut dire que le lycée polyvalent Rosa-Parks de Montgeron, ce n’est pas exactement le Couvent des Oiseaux des années 50. Qu’en matière de jolis gestes expressifs échangés dans les couloirs, on en connaît un rayon, et que sur les smartphones ne circulent pas que les films de Sissi impératrice… Tiens, justement, dans l’Essonne, à quelques kilomètres de là, il y a presque un an, une petite Manon, 13 ans, se pendait dans sa chambre, laissant dans une lettre les noms de tous ceux qui l’avaient harcelée et menacée pendant des mois dans son collège. Sa mère confiait le 14 novembre au micro d’Europe 1 se sentir oubliée et abandonnée par l’Éducation nationale, l’enquête n’ayant toujours pas désigné de responsable… Elle est drôle. Dans le 91, c’est comme partout ailleurs, les journées ne font que 24 heures, on ne peut pas à la fois traquer les quenelles et les bourreaux.
Par ailleurs, mardi matin, le magasin Diesel à l’Opéra a dû fermer précipitamment après avoir reçu des menaces de mort. Cette fois, c’est un mannequin qui est accusé d’avoir fait une quenelle au vu de tous… Un mannequin en plastique, dans une vitrine. Au siège de Diesel, abasourdi, on parle d’un « malentendu », d’une « posture d’un mannequin prémoulé, représentant une femme avec un bras orienté vers le bas, destiné à présenter un sac à main ». « Nous nous sommes fait traiter de nazis par ces illuminés, c’est grotesque », dit-on encore mais, dans un « souci d’apaisement », les mannequins par lesquels le scandale est arrivé ont quand même été retirés. Idéalement, il faudrait bien sûr rappeler les lots concernés, mettre en place un numéro vert, suspendre la fabrication comme pour les poches contaminées des nourrissons de Chambéry. Et ne plus choisir que des mannequins bras croisés ? Bras ballants ? À moins que dans les deux cas, cela puisse être interprété comme une sorte de double quenelle bilatérale ? Le plus sûr est encore de les prendre manchots. Pas de bras, pas de quenelle. Et vendre des sacs à dos, c’est bien aussi.
Mercredi, enfin, sur RTL, Eva Joly a comparé Dieudonné à son compatriote Breivik. C’est vrai que les deux hommes se ressemblent énormément, cela frappe immédiatement. Je lui trouve aussi un peu le regard de Michel Fourniret, la démarche de Francis Heaulme, et des expressions, comme ça, fugaces, de Jack l’éventreur. À un détail prêt : Dieudonné n’a encore fait, à ma connaissance, mourir personne. Sauf de rire peut-être, depuis le temps qu’il fait ce métier.
La semaine étant bien partie, on devrait avoir vent, jeudi, d’une quenelle esquissée dans une couveuse par un grand prématuré, vendredi à l’étage Alzheimer d’une maison de retraite par un vieillard incontinent, samedi à La Grande Récré par une Barbie dans une boîte en solde. Et dimanche, ce sera camisole pour tous.

Gabrielle Cluzel
Ecrivain et journaliste

source: http://www.bvoltaire.fr/gabriellecluzel/avec-laffaire-dieudonne-cest-lhysterie-pour-tous,46823?utm_source=La+Gazette+de+Boulevard+Voltaire&utm_campaign=040e9a2f29-RSS_EMAIL_CAMPAIGN&utm_medium=email&utm_term=0_71d6b02183-040e9a2f29-30419145

03/01/2014

Entretien avec Alain de Benoist La liberté de s’exprimer et de rire ne se partage pas !

 

Entretien réalisé par Nicolas Gauthier.

Les médias s’excitent sur le phénomène Dieudonné, l’artiste qui a vendu le plus de billets en 2012. D’ailleurs, est-ce que monsieur M’Bala M’Bala vous fait rire ?

Parfois, pas toujours. Je dois dire que ma conception de l’humour se situe quelque part entre Buster Keaton et Raymond Devos. Les comédies me font rarement rire, et je déteste Louis de Funès. Le style pamphlétaire me fatigue vite, lui aussi. Cela dit, Dieudonné a du talent. Il n’a pas de mal à surclasser les autres humoristes actuels, qui sont presque tous nuls. Facteur aggravant : il a du succès et ses partisans, qui sont en majorité « hors système », ne sont pas du genre à se laisser intimider.
Mais savoir ce que l’on pense de Dieudonné est tout à fait secondaire par rapport au projet de Manuel Valls de l’empêcher « dans le cadre de la loi » de s’exprimer. La seule vraie question qui est en cause est évidemment, comme d’habitude, celle de la liberté d’expression. Dans Le Nouvel Observateur, Laurent Joffrin, coutumier du genre, expliquait récemment que la liberté d’expression a des limites. La démocratie ne saurait accepter que s’expriment des opinions antidémocratiques. On pourrait dire aussi que sous le nazisme, toutes les opinions étaient admises à condition de ne pas être antinazies, sous les régimes communistes qu’elles étaient toutes autorisées à condition de ne pas être anticommunistes, etc. De ce point de vue, la démocratie selon Laurent Joffrin ne me paraît pas représenter un grand progrès. Je crois au contraire que la liberté d’expression n’a de sens que pour autant qu’elle est indivisible, et qu’en matière d’opinions, elle ne tolère par principe aucune dérogation. La liberté d’expression – faut-il le rappeler ? – n’a pas pour vocation de protéger les opinions convenables ou consensuelles, et moins encore celles qu’on partage ou qu’on approuve, mais au contraire celles qui nous choquent et que nous trouvons détestables. Voltaire se disait prêt à mourir pour permettre à ses adversaires de s’exprimer. C’est cette phrase qui a inspiré les fondateurs de Boulevard Voltaire (mais visiblement pas les aboyeurs de commentaires).

Les mêmes médias n’en finissent plus de célébrer le culte de Pierre Desproges et de Coluche, alors que la plupart de leurs sketches seraient aujourd’hui censurés, pour racisme notamment…

Il ne fait pas de doute que Dieudonné tient souvent des propos qu’on peut considérer comme inacceptables, voire odieux. Ceux qui s’indignent des caricatures de Mahomet les considèrent elles aussi comme inacceptables, voire odieuses. Pour tout un chacun, il y a des choses inacceptables, voire odieuses. Toute la question est de savoir si le fait de blesser gravement les sentiments ou les convictions d’une catégorie de personnes justifie une interdiction. La perception subjective que l’on se fait d’une opinion peut-elle constituer le fondement de la loi ? Si l’on estime que Dieudonné blasphème, ne faut-il pas considérer plutôt que le droit au blasphème ne se partage pas ?
L’idéologie dominante a su tourner la difficulté grâce à une invention remarquable : pour faire disparaître les opinions détestables (il y en a), il suffit de décréter qu’elles ne sont plus des opinions mais des délits. Il suffisait d’y penser. Mais a-t-on bien mesuré les conséquences ? D’abord, on crée un abominable refoulé, que l’on se condamne à voir exploser un jour ou l’autre sous une forme elle aussi abominable (plus on pourchassera le « sexisme », plus il y aura de femmes battues ; plus on dénoncera « l’homophobie », plus se multiplieront les « ratonnades de pédés »). Serait-ce l’effet recherché par ceux qui sont tentés de « gouverner par le chaos » ? Ensuite, on introduit une distinction désastreuse entre des groupes protégés, bénéficiant grâce à la loi d’une sorte de statut privilégié les immunisant contre les critiques dont ils pourraient faire l’objet, et des groupes non protégés, dès lors fondés à dénoncer cette nouvelle discrimination. Situation malsaine.

Et toujours la même rengaine : on peut rire de tout, mais pas de n’importe quoi et surtout pas avec n’importe qui. Et surtout, l’esprit de dérision permanente, incarné par les Guignols de l’info – pour ne citer qu’eux –, ne serait-il pas mortifère à long terme, les hommes politiques étant résumés à de simples marionnettes en latex ?

Le rire implique la connivence et peut avoir un effet cathartique. Je pense que dans une société normale on devrait pouvoir rire de tout, de n’importe quoi et avec n’importe qui. Des mecs et des nanas, des Blacks et des Toubabs, des juifs et des goyim, des homos et des hétéros, des Amerloques et des Ritals, des Boches, des Gaulois et des Espingouins. Pas de discrimination ! Mais bien entendu, nul n’est obligé de trouver ça drôle. L’esprit de dérision auquel vous faites allusion est autre chose. Au-delà de ce qu’elles peuvent dire des hommes politiques actuels, qu’on a d’autant moins envie de défendre qu’ils font eux-mêmes preuve d’une incroyable complaisance envers leurs caricatures, les émissions du type des Guignols de l’info contribuent de manière incontestable à ridiculiser la chose publique, à désacraliser ce qu’il peut rester de sacré dans l’exercice du pouvoir. Certes, les politiciens actuels méritent rarement le respect, mais en les tournant tous en dérision, on décrédibilise aussi les fonctions et les institutions qu’ils représentent. L’esprit de dérision systématique est un poison de la vie sociale. Les « petits malins à qui on ne la fait pas », qui ne sont émus par rien, qui ne respectent rien, pour qui rien ne saurait être noble ou sacré, cachent leur impuissance derrière leur cynisme. Ils avouent par là même qu’ils ne sont pas grand-chose.

Alain de Benoist est philosophe, écrivain et politologue

Source: Boulevard Voltaire/http://www.bvoltaire.fr/alaindebenoist/la-liberte-de-sexprimer-et-de-rire-ne-se-partage-pas,45982?utm_source=La+Gazette+de+Boulevard+Voltaire&utm_campaign=a92b462543-RSS_EMAIL_CAMPAIGN&utm_medium=email&utm_term=0_71d6b02183-a92b462543-30419145