14/02/2011

Monde arabe et arrogance occidentale

Madame Benbassa n'est pas vraiment de notre bord, mais ce n'est pas une raison de la snober quand elle nous livre un article intelligent, structuré, pensé et réaliste.

 

Révoltes dans le monde arabe : notre arrogance colonialiste

  

Les interprétations en France des révoltes populaires dans le monde arabe sont des indicateurs de nos perceptions de ce même monde. Lorsque l'Europe s'appesantit sur son pessimisme et se lamente sur sa crise, des peuples soumis au joug des tyrans relèvent la tête et se battent pour la liberté.
De quoi donner du courage et bousculer notre apathie pour nous engager dans le combat pour une société plus juste et moins «aristocratique».

Un inattendu choc des civilisations
Certes, nous avons ce confort qui nous assoupit et le spectre du chômage qui nous aliène. La France de la Révolution française observe la révolution dans les pays arabes peut-être avec envie, tandis que ses élites politiques et certains de ses intellectuels craignent ce bouleversement et le commentent selon des grilles de lecture d'un autre temps, héritées du colonialisme.

Ils se demandent comment d'anciens colonisés sont capables de se révolter, eux, ces «attardés de la civilisation», ces «islamistes-terroristes» obnubilés par leur religion «rétrograde». Ces femmes qu'en Occident nous voulions libérer en leur enlevant le voile sont là-bas sur les places publiques – avec ou sans voile – en train de mener la rébellion à côté des hommes et sur un pied d'égalité.

De surcroît, ces «laissés-pour-compte» de la modernité ont fait leur révolution en passant par les moyens les plus sophistiqués de la technologie, pendant que nous, nous les utilisons le plus souvent pour dire que nous sommes en promenade ou que nous fêtons un anniversaire…

C'est là que se situe le «choc des civilisations», en fait dans notre manière d'être à la traîne des grands enthousiasmes, des grandes causes susceptibles de changer notre société. Prisonniers de notre conservatisme, voilà que nous sommes confrontés à l'explosion positive, celle qui s'est donnée comme but de renvoyer les tyrans et les exploiteurs comme des malpropres, ce qu'ils sont.

L'islam comme grille de lecture
Nous avons lu les événements à travers la loupe grossissante de l'islamisme, ennemi de la modernité et de l'Occident. Des tendances qui certes existent à l'intérieur de l'islam et qui ne sont pas étrangères au monde arabe, multiforme pourtant et non réductible au schéma que nous imposons par ailleurs aussi bien à l'islam en Occident qu'à l'islam en monde arabe.

L'Iran est devenu l'objet de nos focalisations que nous exportons sur tout ce qui bouge en Méditerranée musulmane.

En fait, nous avons traité ces pays en ébullition avec l'arrogance héritée du colonialisme. Nous avons même oublié que ces mêmes peuples s'étaient déjà révoltés contre la colonisation elle-même et avaient acquis l'indépendance au prix de grandes luttes, et que ce n'est pas la première fois qu'ils prennent leur destin en main comme de vrais adultes et pas comme des enfants.

Il est vrai que la diplomatie préfère la stabilité à l'inconnu. Et pourtant, c'est dans cet inconnu que réside l'avenir de ces sociétés aspirant à tous ces droits universels qui ne sont pas seulement l'apanage des Lumières, mais le bien commun de l'humanité.

L'épouvantail des islamistes ne suffit plus à les faire reculer. Et si les mouvements d'obédience islamique se positionnent sur l'échiquier politique et arrivent au pouvoir par un processus démocratique, l'Occident ne va tout de même pas intervenir pour l'arrêter.

La Turquie est dirigée par une sorte de «démocratie musulmane» et le pays n'en connaît pas moins une croissance économique qui fait pâlir l'Europe, sans perdre de son dynamisme, de sa créativité et de son inventivité.

Est-ce qu'on viendrait dire que l'émergence d'une «démocratie chrétienne» en Europe serait elle aussi un assaut contre les libertés, pendant que les extrêmes droites racistes, islamophobes et populistes guettent le pouvoir? Bien sûr que non. Mais comment convaincre?

Islam, Israël et révoltes en terres arabes
Le Point du 3 février et L'Express du 9 donnaient leur réponse par leur première de couverture. D'un côté, une femme voilée musulmane avec ce titre: «Le spectre islamiste».

De l'autre, une jeune soldate israélienne en train d'ajuster son casque militaire, avec ce titre: «Israël face au réveil arabe».

C'est clair: ici, l'islam rétrograde, là, Israël, moderne et allié de l'Occident. Cette comparaison n'est pas fortuite, elle hante également l'esprit de nombre d'intellectuels à l'idéologie acrobatique.

Selon eux et certains «experts» (dont la plupart connaissent fort peu la région), les révoltes en monde arabe ne pourront que se terminer dans l'islamisme, qui mettrait en danger Israël. Iran, Hamas, Hezbollah, Tunisie, Egypte même combat. Si les Pays-Bas ne sont pas la France, pourquoi l'Egypte serait-elle l'Iran et la Tunisie le Liban?

Mais pour les prochaines élections, à défaut de vrais projets politiques, certains partis utiliseront comme repoussoir l'écharpe verte de l'islam. Pourquoi perdre du temps et soutenir ce qui se passe dans cette Méditerranée qui nous est si proche et, qui plus est, en se démocratisant davantage, se rapprochera plus encore des pays occidentaux qui sont alentour pour reconstruire une véritable mare nostrum, ensemble de partenaires démocratiques et moins corrompus?

La seconde peur est que les «islamistes» au pouvoir mettent en danger Israël. Pense-t-on vraiment que du jour au lendemain, ces pays cesseront leurs relations, en l'occurrence l'Egypte, avec Israël? Qu'Israël est seul, frêle et sans défense dans la région? Que l'équilibre géopolitique serait du jour au lendemain bouleversé par un démocrate remplaçant un tyran? Et que ce seront, quoi qu'il arrive (fatalité inévitable…), les islamistes, comme en Iran, qui prendront le pouvoir?

Une fois de plus, nous voilà pris au piège de ce nœud où s'imbriquent islamisme, conflit israélo-palestinien, héritage colonial, rejet de l'islam et arrogance occidentale.

Visites payées chez le «prince» arabe
Même ces visites aux frais de ces princes corrompus qu'ont effectuées notre Premier ministre et notre ministre des Affaires étrangères rappellent d'autres temps où on allait se servir «là-bas», quitte à soutenir au moins «moralement», contre les services rendus, des despotes locaux ou régionaux peu recommandables.

L'ambassadeur de France en Tunisie lui-même s'est révélé incapable de regarder objectivement la rébellion qui se développait sous ses fenêtres, aveuglé par sa propre vision des choses: celle de la stabilité (souhaitée) du régime de Ben Ali. Cette stabilité (dont on a découvert la fragilité du jour au lendemain), ces dirigeants avec qui on sait parler sont décidément bien plus importants pour nos élites politiques que la liberté des peuples arabes, dont on n'a que faire.

A quand une révolution des mentalités chez nous pour mieux prévoir et mieux se porter en avant? Oui, nous avons besoin d'un vrai choc pour nous secouer en profondeur et réveiller nos sociétés ensommeillées.

Esther Benbassa  
Historienne
11.02.11
Source: rue89

11:59 Écrit par Friedrich von Dittersdorf dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tunisie, égypte, france, révolution, femmes arabes, sionisme, israël, antisionisme, guerre |  Facebook |

12/02/2011

Egypte: et alors ?

 

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Avant-hier Ben Ali, aujourd'hui Moubarak,
demain ?...

Et alors ?

Ben, pas grand-chose... sinon que dans les chancelleries occidentales on se pose bien des questions.

Et d'abord la première: personne (ou presque) n'a rien vu venir.

Ce qui est faux ! Les diplomates de la base, les consuls, les conseillers, ceux qui vont dans la rue , parlent la langue et ne se contentent pas des petits-fours des réceptions officielles, se doutaient bien que tout le système mis sur pied dans cette partie du monde reposait sur une poudrière e qu'un jour tout allait sauter. Las, leur hiérarchie ne les a pas entendus parce qu'elle ne voulait pas les entendre.

Et puis, question lancinante: et maintenant ?

Le peuple du Moyen-Orient est dans la rue, à Alger cela se bouscule, au Yemen on sent comme un grand souffle, la Jordanie retient le sien. Et alors ?

Alors, pour Washington et Tel-Aviv car c'est bien de ces deux compères qu'il s'agit, il est plus que temps de prendre le train en marche. De favoriser les militaires, charmer les nouveaux civils qui prendront la place des autres. Tout faire, tout dépenser, tout déployer de peur que l' aspiration populaire la plus évidente et la plus dérangeante soit satisfaire.

Ce bon peuple dans la rue, il ne demande pas grand-chose: un travail et de quoi manger à sa faim d'abord, la dignité ensuite. En anglais cela se dit : « bread and roses », du pain et de la considération.

Seulement voilà, quand des gouvernements corrompus par les américains et les sionistes se maintiennent durant des décennies au pouvoir, se compromettent dans les massacres de Gaza, dans la guerre d'Irak, soutenant sans vergogne les pires exactions,alors le peuple en a marre, il se sent humilié, et veut retrouver sa dignité. C'est précisément cela que Washington et son satellite Israël veulent éviter.

Retrouver la dignité d'être arabe, se sentir solidaire des peines et des joies Moyen-Orient, dénoncer le siège criminel de Gaza, l'occupation de la Palestine par les sionistes et leur suppôts d'occident, en finir avec l'entité sioniste en Palestine.

Tout cela, ces messieurs policés n'en veulent pas. Ils trouveront, en ne cherchant même pas trop, une autre marionnette qui se pliera à leur volonté, l'argent n'achète-t-il pas tout ?

Et chez nous, dans cette Europe artificielle, friquée et au totalitarisme mou, les peuples ne descendront-ils pas dans la rue réclamer autre chose que des subventions ? Le droit de travailler chez eux, dans des usines qui ne fichent pas le camp vers des paradis sociaux et les bénéfices dans des pays d'opérettes à la fiscalité absente ? N'ont-ils aucune dignité pour faire en sorte que leur vie ne soit pas rythmée par les échéances de fin de mois, l'apéro, le loto et le porno ?

Allons, rêvons !

L'insurrection qui vient !

17:30 Écrit par Friedrich von Dittersdorf dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : égypte, tunisie, yemen, israël, sionisme impérialisme, revolution |  Facebook |

29/01/2011

Il y a "révolution" et Révolution...

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Autant mettre les pieds dans le plat. Je me méfie de ces révolutions un peu trop spontanées à mon gré:  Tunisie, Yemen, Egypte, la partition m’a l’air écrite d’avance dans un bureau de Washington, Londres ou Tel-Aviv. Elle est factice, mijotée longtemps dans des sauces suspectes où les interêts des uns et des autres ne coïncident pas avec ceux des peuples concernés.

Premier mouvement:  allegro crescendo. Le peuple, subitement, est dans la rue.

Qui l’a poussé ? Il réclame haut et fort le minimum vital, un emploi, un toit, du pain. Pas grand-chose, en somme !

Deuxième mouvement: andante ma non troppo: les sbires du regime répriment, tirent, tuent, puis, se font plus discret, un ordre- venu d’où ?- leur intime de cesser le feu.

Troisième movement: allegro assai: le monde “occidental” prend la mesure du drame, exhorte le tyran à fuir et déverse toute sa mielleuse compassion sur ces braves gens encore vivants, leur assurant de toute sa paternelle et démocratique sollicitude. Les “droits de l’homme” arrangeront tout, assurent-ils, tout sourire…

Le quatrième movement est écrit d’avance: on en reprend d’autres et on fait la meme chose, sur un mode different, plus “soft” ou “glamour”, c’est comme vous voudrez, un peu comme ils le font chez nous: totalitarisme mou sauce sex toy. Et en “do majeur”, s'il vous plaît, histoire de faire danser les gens… quelques temps…

Ne nous leurrons, chers amis, ces “revolutions” de “jasmin”, ont tout le gout du thé de Londres, de Washington et celui "casher" de Tel-Aviv.
En somme, ces excellences ayant pris – enfin  !- la mesure de l’exécration que suscitait dans le peuple  ces tyrans qu’ils avaient corrompus, tournent veste et exhortent ces peuples que, hier encore, ils laissaient entre les mains de profiteurs sanguinaires, à les remplacer.

Il faut dire qu’ils n’ont pas le choix. Ou bien ils corrompent le pouvoir en place, ou bien c’est la rue, c’est-à-dire les Frères Musulmans, qui dirigent. Et le pouvoir aux mains de nationalistes locaux, comme les Frères en question, ils n’en veulent pas. Trop dangereux ! Pour qui ? Pour l’entité sioniste, appelée “Israël”, pardi ! Et les intérêts privés mondialistes...

Nous en Occident, les Frères Musulmans cela ne nous regarde pas. C’est pas notre monde. Si ces peuples veulent vivre comme ils l’entendent, sous des régimes qu’ils acceptent, c’est leur choix, comme celui de leurs femmes de se voiler. De quel droit imposons-nous nos “valeurs” à des gens qui en ont d’autres ? Je vous le demande…

Ces “révolutions” n’en seront que dans la mesure où le départ des tyrans sera aussi celui de ces profiteurs mondialistes qui ont placé ces pays sous la tutelle de Washington et de Tel-Aviv. Ah , ils ont bien raison d’être inquiets les sionistes, ils sont pressés de remettre les choses en place, c’est-à-dire un gouvernement croupion à leur solde et celui de leurs affidés états-uniens.

Et nous, qu’attendons-nous pour nous soulever et recomposer l’Europe ? Les arguments ne manquent pas: pauperisation, précarité, prevarications de toutes sortes, soumission aux intérêts américano-sionistes.

Sommes-nous donc à ce point dégénérés par une presse aux ordres, des medias au garde-à-vous, un enseignement réducteur, une foi d’opérette, et des convictions anémiées ?

Qu’importe, il suffit d’une infime minorité convaincue et organisée, pour faire basculer le monde. Lénine et Mao l’avaient compris. Nous aussi !

La revolution n’est rien d’autre que remettre les choses à l’endroit !

10:08 Écrit par Friedrich von Dittersdorf dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tunisie, egypte, israël, europe, etats-unis, révolution, sionisme |  Facebook |