26/11/2011

Et si on séparait l'Etat de la Franc-maçonnerie ?

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Le 23 novembre dernier, le candidat François Hollande s'est adressé à un parterre de Francs-maçons dans les locaux du Grand Orient de France, rue Cadet à Paris.

Avant lui, François Bayrou et Jean-Luc Mélenchon s'étaient prêtés à cette grand-messe (comme certains l'écriraient).

Nicolas Sarkozy fera-t-il, comme par le passé, le détour ? Nul ne le sait. Il aurait été invité, mais certaines Loges émettent de sérieuses réserves susceptibles de troubler la sérénité des débats.

Que les candidats à la magistrature suprême se présentent au siège de la plus vieille et prestigieuse obédience maçonnique, pourquoi pas ?

Chez les Frères, François Hollande en a profité pour déclarer qu'il envisageait d'intégrer dans la Constitution la séparation des Églises et de l’État. Il est donc venu avec un biscuit dans sa poche, histoire de se bien faire voir par des Frères toujours chatouilleux sur ce chapitre..

Tant qu'à faire, pourquoi ne pas intégrer dans la Constitution la séparation de l’État et de la Franc-maçonnerie ?

Les choses au moins seraient claires.

Le Grand-Orient est une obédience maçonnique qui se présente comme « gardien des valeurs républicaines ». Parmi celles-ci, la laïcité à propos de laquelle peu s'entendent sur sa définition exacte et son champ d'application.

Nous ne voyons pas de quel droit et au nom de quelle légitimité, une obédience maçonnique dont le but premier est la conservation de l'héritage initiatique occidental se présente sur un tel registre politique.

Imaginons un seul moment l’Église catholique réclamer de l’État la reconnaissance de sa primauté dans le legs religieux de notre pays de notre pays. Vous imaginez les cris d'orfraies ?

Que le Grand-Orient, dès lors, se préoccupe de ce qui est sien : la sphère initiatique et qu'il laisse aux instances républicaines, aux parlementaires, aux associations ad hoc, le soin de défendre ce qu'ils appellent et définissent comme « valeurs républicaines ».

Et que le Grand-Orient cesse de considérer la République comme sa chasse gardée. On peut être républicain sans connaître les us et coutumes des loges. 

Comme on peut être franc-maçon et faire ses dévotions.

 

21/06/2011

Une si chère démocratie

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En exergue de sa « Constitution Européenne » rejetée par les urnes, monsieur Giscard d'Estaing avait cité Thucydide, historien grec, chroniqueur de guerres diverses et variées qui, sans doute, eut été le premier surpris de servir de faire-valoir à un texte législatif aux antipodes de sa conception de la cité et de son gouvernement.

Mais qui se soucie encore de l'avis de Thucydide ?

Dans la conception de la démocratie à la française, toute expression est permise dans la mesure où elle s'inscrit dans le cadre strict fixé une fois pour toute par le dogme républicain.

Ne pas dévier de cette « doxa » instaurée une fois pour toute, voilà la règle intangible.

Nous ne sommes pas des aficionados aveugles de la démocratie nord-américaine, mais cette dernière tolère comme allant de soi dans le paysage politique, toutes les expressions possibles et imaginables dès lors qu'elles ne portent pas atteinte à la sécurité de l’État.
C'est ainsi qu'un ou plusieurs partis, plus ou moins folkloriques, comme les nazis-écologistes, ou les « carbonari » du Wyoming, ont pignon sur rue et peuvent s'adonner « paisiblement » à leur propagande favorite.

Rien dans la législation nord-américaine n'interdit à un quidam d'exprimer une opinion révisionniste ou négationniste sur les évènements de la dernière guerre, c'est le prix de la liberté d'expression; les Étasuniens ont, au moins, cette logique ancrée dans leur conception de la démocratie.

Bien sûr, les pressions sont fortes qui incitent le citoyen lambda à se formater sur la doxa générale.

Médias, ou plutôt absence de médias, matraquages télévisuels de slogans réducteurs sur la manière de vivre (si bien) ensemble, et avec les mêmes goûts de préférence, sont le lot quotidien.

Rien de pareil en France où règne (le verbe n'est pas choisi par hasard...) le dogme infaillible de la république laïque,sociale et démocrate, à l'aune de laquelle se jugent toutes les opinions et comportements..

Ce serait déjà autoritaire si république (chose publique), laïque et sociale il y avait.

Or, cette chose publique, donc à nous tous, est un mythe; elle est la possessions de certaines chasses fort gardées; la laïcité est un concept encore flou, éminemment franco-français et dont la définition varie d'un laïque à un autre; le social, par exemple ce « droit au travail » inscrit dans la Constitution, inutile de s'y attarder davantage.

Les racines de la France sont catholiques et monarchiques. On n'efface pas comme ça plus de mille ans de catholicisme et de royauté. D'où cet absolutisme républicain à la gouvernance monarchique qui se voile sous le concept de la laïcité. En somme, il y avait jadis le sabre et le goupillon, aujourd'hui il ne reste plus que le sabre qui fait croire qu'il nous défend du goupillon.

Gare à qui ose remettre en cause l'autorité du sabre ! Les foudres de l'Olympe républicain le réduiront en poussières, même la discussion purement formelle est interdite, à l'instar d'un Mussolini, « la république a toujours raison ».

Le comble, c'est qu'au nom du principe républicain de liberté, la république se délite de plus en plus au profit de groupes qui sont tout sauf la « chose publique »; et que la remise en cause de cette manière de se dissoudre dans l'intérêt privé au détriment du collectif, est taxée de tous les noms et vouée à tous les anathèmes.

Et si certains estiment que puisque la république disparaît, autant la remplacer par une autre forme d'expression politique, moins tolérante, par exemple, à l'égard du jeu économique et financier privé, ceux-là sont privés de toute respectabilité parce que hors d'une norme édictée une fois pour toute et gravée dans le marbre.

Si la démocratie est, au minimum, le souci de dialoguer avant de décider, ce dialogue, on le voit, ne peut se faire que dans un cadre strict, et qui se renforce de plus en plus...

Et qui aboutit à cet autoritarisme larvé qui montre les dents aux uns; les immigrés, les « assistés », les marginaux et autres sans droits, et règle sous des dehors affables, complices et convenus l'expression des autres.

C'était le cas à Rome, jadis, avant la chute...