09/04/2014

Une Europe à la Hohenstaufen

J''ai fait un rêve...
Pourquoi n'opposerions-nous pas à cette Europe de Bruxelles, mercantile, technocratique, anonyme et froide, une autre ? Celle qui vit le jour au XIIIem siècle sous la houlette de l'empereur Frédéric II de Hohenstauffen, « stupor mundi » (étonnement du monde) comme il fut qualifié après sa mort ?
Il régnait sur le Royaume de Sicile, soit l'île et toute e sud de la Péninsule, sur l'Italie du Nord et fut élu empereur Germanique. Il réussit le tour de force de se faire reconnaître Roi de Jérusalem, y compris par les musulmans, et sans faire couler une goutte de sang. Il entretenait avec les rois du Proche-Orient des relations d'amitié et de respect mutuel.
Sous son règne le commerce fut florissant, les arts libérés, les sciences exaltées et la religion tolérante. Sa garde personnelle était composée de mercenaires musulmans qui lui furent plus fidèles que ses barons.
Cet Empire s'étendait de Hambourg à Palerme, une langue administrative et véhiculaire l'unissait: le latin.
Seuls les Papes trouvèrent à y redire, eux dont les territoires étaient pris en étau entre le Nord et le Sud de l'Empire. Ils l'excommunièrent par deux fois, complotèrent contre sa puissance. Les Papes n'ont pas toujours été de grands politiques.
Les régions de ce vaste empire étaient autonomes, elles parlaient leurs langues et patois, géraient leurs cités et rendaient compte à un monarque éclairé.
Prenons, voulez-vous, une fédération d'état européens comme la Belgique, le Luxembourg, la France, l'Espagne, le Portugal, l'Allemagne, l'Autriche et l'Italie. Ces états ont en commun une histoire intime et, à quelques exceptions près, la même religion historique: le catholicisme...
Ils ont tous connu l'empire romain, le moyen-âge, le quattrocento, la renaissance, les philosophes, les révolutions et l'aventure coloniale. Ils se sont aimés et ils se sont stupidement fait la guerre..
Imaginons qu'ils s'unissent sur une base nouvelle: gouvernance unique centralisée au niveau de l'union, disparition des gouvernements nationaux, mais permanence des régions qui voient leurs compétence culturelles, économiques et fiscales renforcées. Le gouvernement central dirige la politique générale, la monnaie, l'armée et la politique étrangère.
Une langue administrative unique sera véhiculaire. Pourquoi pas le latin ?
Rêvons que cet état s'affirme indépendant de toute alliance imposée, qu'il renforce sa défense et entende conclure un pacte d'amitié et de collaboration avec des pays d'Afrique et la Turquie.
Une collaboration excluant toute arrière-pensée impérialiste, un honnête donnant-donnant.
Commercialement et économiquement, ce nouvel état occupera à lui tout seul une place de premier plan.
Voyons plus loin: il scelle une alliance avec la Russie. Alliance économique et militaire. Il propose à la Russie son savoir faire, il crée un partenariat pour développer ses immenses réserves de matières premières.
Vous voyez d'ici le bouleversement mondial qu'apporterait cette nouvelle donne sur la scène mondiale.
Et les autres pays européens me diriez-vous ?
Rien ne les empêche de rejoindre la fédération. Mais croyez-vous que les Britanniques joueraient le jeu sans arrière-pensée ? De même pour les Néerlandais, plus préoccupés de commerce que de vision exaltante. Les pays slaves du nord de l'Europe, comme les scandinaves, pourraient se constituer en fédérations alliées, de même pour ceux des Balkans où la Grèce à sa place.
Oui, mais nous n'avons pas de Frédéric de Hohenstauffen...
Alors, c'est bien simple, à défaut d'avoir l'original, soyons une minorité à vouloir lui ressembler.
Oui mais, il y aura des oppositions...
C'est clair ! Et elles viendront de ces groupes économiques et financiers qui se disent mondialistes mais qui, en fait, ne roulent que pour eux-mêmes, qui s'installent quelque temps dans une région, l'exploitent dans tous les sens du terme, et puis s'en vont ailleurs réitérer leur coup. Ceux là, c'est bien simple, ils n'ont pas leur place dans cette entité qui entendra contrôler ses flux financiers, sa politique énergétique et la grand distribution. L’Europe dont nous rêvons n'est pas celle des administrateurs de sociétés.
Oui mais, le peuple comprendra-t-il ?
Le peuple sent d'instinct ce qui sera bon pour lui. Il peut se tromper, c'est déjà arrivé, mais son instinct lui dicte, à un moment donnée, que telle voie est la bonne ou la moins mauvaise. Le peuple suit la voie, ce sont les guides qui la tracent.
Oui mais, pour faire quoi, tout ce ramdam ?
Mais pour vivre tout simplement, et conformément à notre nature propre.
Croyez-vous que nous soyons sur terre pour travailler stupidement dans des usines qui fabriquent des camelotes qui ne servent qu'à nous faire consommer ?
Nous sommes ici bas pour apprendre, nous cultiver, jouir des fruits de l'existence, nous aimer, faire des enfants, les élever et pas nous concurrencer sur des marchés de cucurbitacées ou de dérivés du pétrole.
Nous ne sommes pas ici bas par l'effet d'une punition divine, dans une vallée de larmes comme le répètent ad nauseam les évangéliques américains. L'existence est aussi une jouissance, et si elle ne l'est pas, elle doit le devenir. Nous sommes sur terre pour jouir et puis mourir.
Et comme on ne jouit jamais seul, autant jouir avec les autres. C'est vrai dans la vie, comme ce l'est en amour. Alors, respectons l'autre et, si possible, aimons-le.
Frédéric II l'avait compris, lui à qui répugnait la guerre, qui admirait les subtilités de l'art et sa déclinaison parmi les peuples, les nations, les religions.
L’Europe naine, impuissante et muette, celle qu'aiment les hommes d'argent, ceux qui conditionnent notre vie à leurs intérêts, ceux pour qui seule importe notre survie, cette Europe là, qu'on la casse !
Oui mais pour en arriver là, il faudra...
Une révolution ! Mais ne vous imaginez pas toujours une révolution dans le bruit et la fureur. Elle peut être feutrée, arriver sans tambour ni trompette, s'installer en catimini et déclarer: me voilà !
Les délocalisations qui assassinent le tissu social, le travail précaire,les abus des banquiers, ceux des patrons, la morgue des politiciens, l'emploi qui n'arrive plus à faire survivre, l'angoisse du lendemain, ce sentiment d'être dépassé, de ne plus être dans le coup, vous ne vous attendez tout de même pas à ce que cela reste sans suite, que le peuple qui souffre acceptera son sort sans bouger, sans faire un geste, fut-il de désespoir.
Sans suivre, ne fut-ce que pour voir, ceux qui lui promettent plus de justice, de solidarité, de fraternité vraie.
Le champ est là qui ne demande qu'à être ensemencer.
FvD

 

30/03/2014

Joseph de Maistre vivant et parmi nous ...

 de_Maistre.jpg

C'est un personnage curieux que nous tenterons brièvement de vous faire découvrir : Joseph de Maistre, né à Chambéry (alors possession de la couronne de Piémont-Sardaigne ), le 1er avril 1753.
Il décède à Turin en 1821.
Chantre - il fut une figure de référence de l'Action Française - de l'anti-modernisme et de la contre-révolution, de Maistre est un homme cultivé, brillant penseur qui développe une vision critique et pessimiste du monde et des hommes.
« L'homme entier n'est qu'une maladie » affirme-t-il dans ses « Soirées de St Saint-Pétersbourg » écrites durant ces quinze années où il fut ambassadeur du Roi de Piémont-Lombardie auprès du Tsar.
De Maistre voit en l'homme un être dégénéré, privé, par le péché originel, de sa nature première qui faisait de lui un être de lumière proche de Dieu et participant à la pensée divine. Il lui importe donc de retrouver le chemin de la régénération. Il est malfaisant, enclin au mal bien plus qu'au bien. Un être qui pratique le mal par ignorance, certes, mais aussi par facilité et plaisir.
C'est donc avec consternation qu'il apprend la Révolution en France, la décapitation du Roi et le régime de terreur qui s'en suit. L'homme enclenche  le mal, se dit-il, après, il ne peut le contrôler, le mal prend l'ascendant sur l'homme et l’innommable est là qu'on n'attendait ni ne voulait.
Admirateur d'Origène, pour qui le monde matériel est quasiment une création diabolique, lecteur de Boehme, de Maistre connaît, lit et médite aussi les Pères de l’Église. S'il reste toute sa vie un catholique fervent et un défenseur farouche du Pape, il fréquente des loges maçonniques, celle de Jean-Baptiste Willermoz à Lyon et la sienne à Chambéry. Sans doute fut-il aussi initié aux théurgies de Martinez de Pasqually, mentor du premier et auteur du « Traité sur la régénération des êtres ».
Scandalisé par la Révolution et la Terreur il écrit dans : « Considérations sur la France , ces lignes sans appel» :
« La Révolution Française mène les hommes plus que les hommes ne la mène... Ce ne sont point les hommes qui mènent la Révolution, c'est la Révolution qui emploie les hommes... » (Considérations sur la France)
Un peu plus loin :
« … le mal est le schisme de l'être... or ce qui distingue la Révolution française, et ce qui en fait un événement unique dan l'Histoire, c'est qu'elle est mauvaise radicalement ; aucun élément de bien n'y soulage l’œil de l'observateur : c'est le plus haut degré de corruption connu ; c'est la pure impureté. « (opus cité).
La révolution, de Maistre cependant l'avait vue venir et ne plaignait pas les maîtres déchus de leur pouvoir. Ils avaient failli à leurs obligations, il était donc prévisible et normal qu'ils soient châtiés !
Il n'est pas, vous vous en doutez, un partisan des droits de l'homme. L'homme n'a qu'un devoir, se régénérer et, pour cela il doit se conformer à la volonté divine de laquelle provient toute autorité.
En plus, se demande-t-il, où sont les « hommes » : « Je ne connais que des Français, des Allemands, des Anglais, grâce à Montesquieu, je sais qui sont les Persans, mais les hommes ? Je n'en ai jamais rencontré. »
Monarchie de droit divin, primauté du Pape, stricte hiérarchie sociale, respect de l'ordre établi, acquittement des devoirs. L'homme n'est pas vraiment libre, sa volonté est radicalement déchue et pervertie , il appartient donc à cette créature de redevenir un « outil de Dieu » et des souverains que le « Roi suprême » oint pour cette fonction.
De Maistre assistera impuissant à la mort de l'Ancien Régime et à l'échec de la tentative de restauration de l'ordre ancien.
Le divin se manifeste dans la vie des hommes par des chemins imprévisibles qui font que du bon peut sortir du négatif. Le sang rédime le sang, le sang de l'innocent rédime celui versé par le prévaricateur. C'est un mystère devant lequel nous devons nous incliner !
« Dieu sait, par Sa Providence, faire sortir le bien...de l'immolation des justes, parce que son amour poursuit l'avancement de l'humanité à travers la défaillance des uns et le sacrifice des autres. La guerre est donc « divine » en ce sens que Dieu, loin de la décréter au sens propre, la fait servir, malgré nous, à son dessein de rédemption universelle ». (Abbé Caret : Finesse et Géométrie dans l’œuvre de Joseph de Maistre).
Que retenir de ce penseur qui préfigure Nietzsche dont le « surhumain » pourrait bien être « l'être régénéré » de Martinez de Pasqually, Willermoz et de Louis-Claude de Saint-Martin ?
Tout d'abord son lucide pessimisme.
Nous n'avons aucune raison de croire en l'homme et son humanité. Les guerres, massacres et autres turpitudes diverses vont crescendo depuis la Révolution, les « droits de l'homme » et ce semblant de démocratie dont on nous gave du credo.
« L'homme est méchant et la femme mauvaise », ce constat nietzschéen nous ne devons pas le perdre de vue. Le mal procède de et accompagne l'avoir, l'homme consommateur du 21em siècle est la créature de l'avoir, de la possession et de la sublimation de l'avoir, il est normal que le mal l'enveloppe et le possède.
Ensuite son panégyrique de la tradition qui devance ceux de René Guénon et Julius Evola.
L'homme est dans la tradition, il ne peut rien apprendre qu'en vertu de ce qu'il sait déjà. Il est rattaché, par une chaîne millénaire, à ce qui fut, a été, est et conditionne son futur. L'homme est libre d'enclencher le mal qui est le détournement du jeu normal de la Tradition, mais, ce faisant, il se rend corps et âme aux forces du mal, et rend grâce au « Prince de ce monde ».
La véritable liberté sera trouvée en revenant à « l’Unité », ce temps jadis où l'homme participait à la pensée divine. Cette Unité est le temps humain qui rejoint, celui angélique, de la vie antérieure, quand il n'y avait ni hommes, ni femmes, le temps d'une seule naissance, celui du Royaume des cieux.
Il est sans doute, avec Louis Claude de Saint-Marin, le premier des anti-moderne de ce siècle appelé, à tort, « des Lumières ». Il annonce la « sublimation totale du moi » dont se fera le chantre un Julius Evola et prêche la révolte contre un monde dont le « modernisme » et la foi dans le progrès masque un néant spirituel.
La déliquescence du monde moderne et l'abstraction navrante de ses doctrines qui, toutes, se sont soldées par des échecs et des massacres sans nom, donnerait-elle raison à cet aristocrate marginal et toujours vivant ?

FvD

à lire: collection "Quis-suis je ?": Joseph de Maistre de Jean-Marc Vivenza

12/03/2014

C'est la Russie qui, aujourd'hui, représente l'Europe

 

Bonjour, nous sommes le 12 mars de l'an de grâce 2014, le temps est beau, le vent nul et ma chatte est enjouée. What else ?
Des lecteurs m'ont demandé quel rapport il y avait dans mon dernier papier entre Fukushima et l'exécution (crapuleuse) du colonel Bastien-Thiry. Ma réponse est très simple : si nous avions conservé l'Algérie, nous n'aurions pas d'industrie nucléaire en France. A la place le gaz et le pétrole algérien. Oui mais les Algériens en prime ? Déjà, la prime, on l'a, chère amie  Je gage même que nous en aurions eu moins si nous avions continué à gérer (et bien ! ) les affaires de ce côté de notre Méditerranée. Ensuite, l'Algérie française aurait pu être un territoire d'outre-mer et non pas une excroissance de la « République jacobine française » avec un regroupement de population, les européens d'un côté et les « indigènes » de l'autre. Mais bon, on ne refait pas l'Histoire, encore que je ne doute pas qu'un jour ou l'autre les Européens retourneront en Afrique pour y mettre de l'ordre et garantir leur sécurité et celle de ce continent livré à la gabegie. Appelez cela du néo-colonialisme, c'est comme vous voulez, mais je vous prédis que l'Afrique nous reverra et les populations qui souffrent par la faute de tyranneaux locaux nous accueillerons en libérateurs.
Comme ces foules de l'est de l'Ukraine le font pour les troupes russes qui les protègent de l'impérialisme brutal des laquais à la solde de l'occident. Ce pays a été fabriqué par la défunte Union Soviétique aux fins d'obtenir un siège de plus aux Nations-Unies (avec la Biélorussie). L' Ukraine est peuplée à l'ouest par des slaves parlant une langue proche du russe et de religion uniate (des orthodoxes russes ayant fait allégeance à Rome). Hostiles aux Russes, ces populations accueillirent en 1941 les Allemands en libérateurs et recrutèrent une légion SS pour servir sous l'uniforme allemand contre leurs ennemis de toujours. Aujourd'hui, des néo-nazis, antisémites, xénophobes et complètement allumés tiennent la rue et siègent au gouvernement der Kiev. Comique de voir le juif Bernard-Henri Levy les haranguer et féliciter pour leur « victoire ».
Les Russes protègent donc les populations russophones et orthodoxes russes de cette région, ils ont raison et le droit naturel justifie leur action. Point ! Les Américains, parangon de l'impérialisme borné et réducteur feraient mieux de la fermer ce qui est toujours trop demander à des imbéciles comme tout un chacun le sait. L'Europe, cette bonniche que l'on sonne, n'a plus son mot à dire, elle l'a voulu, c'est le lot des peuples fatigués. Qui se réveillent de leur torpeur quand des événement exceptionnels se déclenchent et que des hommes nouveaux surgissent qui donnent le « la » dans une tonalité nouvelle. Notre avenir, à nous qui habitons, Milan, Rome, Berlin, Vienne, Lisbonne ou Bruxelles est à l'Est. C'est Moscou qui parle au nom de l'Europe, pas Bruxelles !
« Un grand vent soufflait de l'Est », c'est ainsi que débute un des plus grands romans de la littérature russe du 19em siècle.
Lequel ?

Le nôtre !

FvD